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OUVERTURE DE LA DEUXIÈME SESSION DE L’ANNÉE LEGISLATIVE

La 2e session maintenant ouverte, flou sur le sort de Privert -

mardi 14 juin 2016 par Sterlin Charles

Après des heures de moult tergiversations, tractations et palabres, après que les dix parlementaires pro Privert ont exigé sans succès que le Sénat se dote d’abord d’un président de sorte que celui-ci puisse présider la séance, la deuxième session de l’année législative est ouverte.

La salle fut bouillonnante. La confrontation des combines éreintante avant que 87 députés et 22 sénateurs ne confirment le quorum, ouvrant la voie au lancinant débat : départ ou non de Jocelerme Privert du pouvoir mardi, à un moment où la « conjoncture est troublée », comme l’a laissé entendre Cholzer Chancy, président de la Chambre des députés, président de l’Assemblée nationale. Il croit que « les garde-fous protecteurs des institutions démocratiques, patiemment mis en place depuis trois décennies sont en train de sauter les uns après les autres, menaçant d’entamer la crédibilité de ces institutions et même de les faire disparaître ».

Sous les yeux des parlementaires, des ministres, Cholzer Chancy a dépeint les maux séculaires d’Haïti. Il pointe du doigt le contexte politique actuel qui ne semble pas en passe désenvenimer. Dans sa péroraison, il avance que l’indépendance des pouvoirs est garantie par la Constitution, comme pour bien s’en prendre aux conclusions de la CIEVE. « Ses recommandations ne sont aucunement imposables au Parlement. Nous n’y sommes pas liés », affirme-t-il, non sans fermeté, sous une salve d’applaudissements. Il indique que, selon des juristes rencontrés, « les décisions rendues par le BCEN ne sont susceptibles d’aucun recours. » Comme pour rappeler à Privert le sens du respect de la parole donnée, il cite sa déclaration datant du 13 février 2016 : « Aucune déclaration, aucune déclamation, aucune décision, aucun acte ni aucun communiqué, d’où qu’il vienne, ne peut enlever une couronne tissée sur la navette de la souveraineté populaire. » Applaudissements nourris à nouveau.

« Une telle déclaration faite avant son accession à la magistrature suprême ne pouvait nullement nous laisser imaginer que l’actuel président provisoire mettrait, aujourd’hui en cause la légitimité des parlementaires », martèle Cholzer Chancy. Sur la question du calendrier électoral publié la semaine dernière par le CEP, le député d’Ennery estime que celui-ci pourrait « produire un calendrier dans un délai beaucoup plus court ». « Vous vous imaginez ? Un processus électoral qui a débuté en avril 2015 pour aboutir en février 2017. C’est vraiment impensable ! », regrette-t-il, sans faire l’économie de souligner qu’entre le premier tour d’octobre 2016 et le second tour de janvier 2017, l’institution électorale a mis trop de temps pour y arriver. « Ce CEP est en train d’hypothéquer les fêtes de fin d’année d’une population qui a tellement soif de sortir du bourbier de la politique pour enfin jouir des résultats concrets que devrait lui rapporter cette politique. »

À l’ère de la haute technologie, enchaîne Cholzer Chancy, je ne vois pas pourquoi l’institution électorale ne peut écourter les délais et organiser une compétition électorale fiable, crédible suivant un calendrier temporel raisonnable ! Il remarque qu’ici on perd du temps, que l’instabilité politique se normalise et que l’intérêt individuel prime encore sur l’intérêt collectif. Aie. Il cite l’élection présidentielle du Pérou, comme exemple à suivre. « Le second tour était tellement serré pour pronostiquer, jusqu’à ce que Pedro Pablo Kuczynski , après des jours de décompte et de suspense, ait été déclaré vainqueur. Keiko Fujimori, malgré sa popularité, a admis la victoire de son rival, et ce pour la paix et la stabilité politique de son pays. » Loin de cette prouesse oratoire, la bataille pour ce qui reste de l’État se poursuit. « Ce n’est pas une bataille pour les intérêts de la population », a glissé un influent parlementaire, mercredi dernier.

Bien avant que Cholzer Chancy n’appelle ses collègues à être sereins pour faire face à la situation actuelle et qu’il ait habilement éludé la question du départ du pouvoir de Jocelerme Privert, Antoine Rodon Bien-Aimé a filé une proposition de sortie de crise au bureau. C’est un pacte pour la stabilité. Il est signé de 53 députés. Jean-Marie Salomon n’en finit pas encore de le lire quand il est brusquement interrompu sous le vacarme des parlementaires. Gary Bodeau de l’APH gesticule déjà au fond. Carl Murat Cantave se lève. Youri Latortue aussi. Ricard Pierre quitte l’hémicycle. La déclaration qui prévoit, entre autres, une prolongation de 120 jours du mandat de Jocelerme Privert est déjà déchirée en mille morceaux. Puis après, quand le Premier ministre aura fini de discourir sur son bilan devant une assistance de marbre, l’élu de Delmas justifie sa réaction : « C’était une proposition de résolution irrégulière ! »

Dans le concert des réactions, Youri Latortue, sénateur de l’Artibonite, ne perd pas de vue que le mandat de Jocelerme Privert arrive à terme. À ses yeux, celui-ci n’est pas parvenu à remplir sa mission. L’ancien conseiller spécial du président Tèt Kale – lequel nous a légué ce rocambolesque processus électoral – se dit pour le débat, même s’il admet sa position de départ : une non-prolongation du provisoire avec l’homme des Nippes. « Privert ne sera plus président mardi à partir de minuit », argue Youri Latortue. Et si le quorum ne se confirme point ? « Il sera un président de facto ! » Ronald Larêche, lui, président (a.i.) du Sénat, tente de dissiper les doutes : « Demain, je serai présent pour la séance. » Il parle d’une entente entre les deux groupes du Sénat. Le dos à tout cela, dans les travées du Parlement, sur les lèvres des journalistes, une affaire de 5 000 dollars américains attribués à chaque député qui devrait s’envoler aux USA aux fins de supporter les Grenadiers dans la Copa America fait saliver.

AUTEUR

Juno Jean Baptiste

jjeanbaptiste@lenouvelliste.com

La salle fut bouillonnante. La confrontation des combines éreintante avant que 87 députés et 22 sénateurs ne confirment le quorum, ouvrant la voie au lancinant débat : départ ou non de Jocelerme Privert du pouvoir mardi, à un moment où la « conjoncture est troublée », comme l’a laissé entendre Cholzer Chancy, président de la Chambre des députés, président de l’Assemblée nationale. Il croit que « les garde-fous protecteurs des institutions démocratiques, patiemment mis en place depuis trois décennies sont en train de sauter les uns après les autres, menaçant d’entamer la crédibilité de ces institutions et même de les faire disparaître ».

Sous les yeux des parlementaires, des ministres, Cholzer Chancy a dépeint les maux séculaires d’Haïti. Il pointe du doigt le contexte politique actuel qui ne semble pas en passe désenvenimer. Dans sa péroraison, il avance que l’indépendance des pouvoirs est garantie par la Constitution, comme pour bien s’en prendre aux conclusions de la CIEVE. « Ses recommandations ne sont aucunement imposables au Parlement. Nous n’y sommes pas liés », affirme-t-il, non sans fermeté, sous une salve d’applaudissements. Il indique que, selon des juristes rencontrés, « les décisions rendues par le BCEN ne sont susceptibles d’aucun recours. » Comme pour rappeler à Privert le sens du respect de la parole donnée, il cite sa déclaration datant du 13 février 2016 : « Aucune déclaration, aucune déclamation, aucune décision, aucun acte ni aucun communiqué, d’où qu’il vienne, ne peut enlever une couronne tissée sur la navette de la souveraineté populaire. » Applaudissements nourris à nouveau.

« Une telle déclaration faite avant son accession à la magistrature suprême ne pouvait nullement nous laisser imaginer que l’actuel président provisoire mettrait, aujourd’hui en cause la légitimité des parlementaires », martèle Cholzer Chancy. Sur la question du calendrier électoral publié la semaine dernière par le CEP, le député d’Ennery estime que celui-ci pourrait « produire un calendrier dans un délai beaucoup plus court ». « Vous vous imaginez ? Un processus électoral qui a débuté en avril 2015 pour aboutir en février 2017. C’est vraiment impensable ! », regrette-t-il, sans faire l’économie de souligner qu’entre le premier tour d’octobre 2016 et le second tour de janvier 2017, l’institution électorale a mis trop de temps pour y arriver. « Ce CEP est en train d’hypothéquer les fêtes de fin d’année d’une population qui a tellement soif de sortir du bourbier de la politique pour enfin jouir des résultats concrets que devrait lui rapporter cette politique. »

À l’ère de la haute technologie, enchaîne Cholzer Chancy, je ne vois pas pourquoi l’institution électorale ne peut écourter les délais et organiser une compétition électorale fiable, crédible suivant un calendrier temporel raisonnable ! Il remarque qu’ici on perd du temps, que l’instabilité politique se normalise et que l’intérêt individuel prime encore sur l’intérêt collectif. Aie. Il cite l’élection présidentielle du Pérou, comme exemple à suivre. « Le second tour était tellement serré pour pronostiquer, jusqu’à ce que Pedro Pablo Kuczynski , après des jours de décompte et de suspense, ait été déclaré vainqueur. Keiko Fujimori, malgré sa popularité, a admis la victoire de son rival, et ce pour la paix et la stabilité politique de son pays. » Loin de cette prouesse oratoire, la bataille pour ce qui reste de l’État se poursuit. « Ce n’est pas une bataille pour les intérêts de la population », a glissé un influent parlementaire, mercredi dernier.

Bien avant que Cholzer Chancy n’appelle ses collègues à être sereins pour faire face à la situation actuelle et qu’il ait habilement éludé la question du départ du pouvoir de Jocelerme Privert, Antoine Rodon Bien-Aimé a filé une proposition de sortie de crise au bureau. C’est un pacte pour la stabilité. Il est signé de 53 députés. Jean-Marie Salomon n’en finit pas encore de le lire quand il est brusquement interrompu sous le vacarme des parlementaires. Gary Bodeau de l’APH gesticule déjà au fond. Carl Murat Cantave se lève. Youri Latortue aussi. Ricard Pierre quitte l’hémicycle. La déclaration qui prévoit, entre autres, une prolongation de 120 jours du mandat de Jocelerme Privert est déjà déchirée en mille morceaux. Puis après, quand le Premier ministre aura fini de discourir sur son bilan devant une assistance de marbre, l’élu de Delmas justifie sa réaction : « C’était une proposition de résolution irrégulière ! »

Dans le concert des réactions, Youri Latortue, sénateur de l’Artibonite, ne perd pas de vue que le mandat de Jocelerme Privert arrive à terme. À ses yeux, celui-ci n’est pas parvenu à remplir sa mission. L’ancien conseiller spécial du président Tèt Kale – lequel nous a légué ce rocambolesque processus électoral – se dit pour le débat, même s’il admet sa position de départ : une non-prolongation du provisoire avec l’homme des Nippes. « Privert ne sera plus président mardi à partir de minuit », argue Youri Latortue. Et si le quorum ne se confirme point ? « Il sera un président de facto ! » Ronald Larêche, lui, président (a.i.) du Sénat, tente de dissiper les doutes : « Demain, je serai présent pour la séance. » Il parle d’une entente entre les deux groupes du Sénat. Le dos à tout cela, dans les travées du Parlement, sur les lèvres des journalistes, une affaire de 5 000 dollars américains attribués à chaque député qui devrait s’envoler aux USA aux fins de supporter les Grenadiers dans la Copa America fait saliver.

AUTEUR

Juno Jean Baptiste

jjeanbaptiste@lenouvelliste.com


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