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Adresse à la nation

Privert reste, attend le Parlement

jeudi 16 juin 2016 par Sterlin Charles

« La situation est sous contrôle ! Je continue d’assumer les responsabilités qui me sont imparties par la Constitution jusqu’à ce que l’Assemblée nationale se prononce sur la situation qui prévaut actuellement… », c’est en substance l’adresse à la nation de Jocelerme Privert en ces temps de grande confusion. C’est au cours d’un Conseil des ministres mercredi au palais national que le chef de l’État s’est adressé au pays, 24 heures après la fin de son mandat selon l’accord du 5 février 2016.

La question pour un champion pendant toute la journée du mercredi 15 juin était quel est le statut de Jocelerme Privert ? Président ou ancien président ? Divisés en fonction de leurs intérêts personnels sur le départ ou le maintien de Privert au pouvoir, les parlementaires n’ont pas pu se réunir en Assemblée nationale le 14 juin pour prendre des décisions qui s’imposent sur le sort du locataire du palais national selon le vœu l’accord du 5 février 2016.

Jocelerme Privert reconnaît que les 120 jours maximum fixés par l’accord du 5 février 2016 pour la fin de son mandat sont arrivés à terme le 14 juin. Cependant, a-t-il rappelé, « il revenait, à l’expiration de ces 120 jours, à l’Assemblée nationale de prendre, le cas échéant, les décisions qui s’imposent ».

« Les autorités de l’État assument pleinement leurs responsabilités », a-t-il dit dans un message préenregistré alors qu’il présidait mercredi un Conseil des ministres au palais national. « Le gouvernement est fonctionnel, le président provisoire, ayant un mandat de 120 jours, reste disponible attendant la décision de l’Assemblée nationale. Les responsabilités qui m’ont été confiées le 14 février à partir du vote de l’Assemblée nationale, les responsabilités qui me sont imparties par la Constitution en ses articles 139, je continue à les assumer jusqu’à ce que l’Assemblée nationale se prononce sur la situation qui prévaut actuellement », a soutenu M. Privert.

« Je ne peux pas faillir à mes responsabilités. J’ai des responsabilités en tant que président provisoire, le gouvernement a des responsabilités, le Parlement a aussi les siennes. J’exhorte mes anciens collègues parlementaires à assumer pleinement leurs responsabilités pour éviter le flou créé par la note émanant des deux présidents des deux branches du Parlement… », a avancé le chef de l’État.

Dans cette note publiée mardi soir, Cholzer Chancy et Ronald Larêche ont dit constater la fin du mandat de Privert et met ce dernier hors-jeu. Le sénateur Larêche dément catégoriquement avoir signé cette note.

« Très tard hier soir (mardi soir), sous la signature des présidents des deux chambres, une note publiée crée la confusion entre le rôle de l’Assemblée nationale où les deux bureaux se sont substitués à un vote attendu de l’Assemblée nationale. Cette note n’est pas la réponse à la situation. L’accord était formel, il revenait, à l’expiration de ces 120 jours, à l’Assemblée nationale de prendre, le cas échéant, les décisions qui s’imposent… », a dit à maintes reprises M. Privert.

À la suite de la publication de cette note, l’ex-sénateur des Nippes juge qu’il est nécessaire de dire à la population que la situation est sous contrôle. « Rien ne serait plus risqué pour le pays de ne pas arriver à l’installation au plus tard le 7 février 2017 d’un nouveau président de la République élu dans des élections honnêtes, crédibles et démocratiques », a-t-il dit.

« Mon mandat, c’est l’organisation des élections pour permettre le renouvellement du personnel politique tel que défini dans le cadre de l’accord du 5 février », a soutenu le président provisoire. Selon Jocelerme Privert, pendant ces quatre derniers mois passés au pouvoir, il a pu faire revenir le calme au sein de la population. « Le pays a connu une stabilité politique incontestable, un climat de paix et de sécurité », s’est-il félicité.

Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, a-t-il rappelé, il avait à faire face à une détérioration macroéconomique, un déficit budgétaire de près de 7 milliards de gourdes, une dépréciation de la gourde qui s’échangeait à 67 gourdes pour un dollar américain, un taux d’inflation qui a presque atteint 16%. Selon lui, son administration a diminué les dépenses de l’État et financé seulement les dépenses essentielles, nécessaires pour le fonctionnement du pays. « Aujourd’hui, la gourdes s’est stabilisée à 62,5 gourdes pour 1 dollar, l’inflation est stabilisée et le déficit est contenu avec des décisions courageuses… », a étalé M. Privert.

Selon lui, ces efforts permettront de financer les élections avec des ressources locales. M. Privert estime avoir également posé des actions permettant au pouvoir législatif de fonctionner, malgré, a-t-il dit, des insinuations voulant faire croire que le gouvernement avait une velléité de provoquer le dysfonctionnement du Parlement.

Après 120 jours au pouvoir, Jocelerme Privert estime que le processus électoral va bon train. Résultats des élections municipales publiés, un calendrier électoral en exécution, le CEP lui a déjà demandé de convoquer le peuple dans ses comices... « Je crois que c’est le devoir de tout homme et de tout responsable politique de ne rien entreprendre qui puisse entraver le déroulement du processus électoral. L’accord du 5 février n’était pas muet quant au terme du mandat du président provisoire. C’était tellement évident que les dates fixées dans cet accord pourraient ne pas se matérialiser que l’accord avait créé des provisions le cas échéant pour que l’Assemblée nationale puisse décider de la prolongation du mandat ou de mettre fin à ce mandat », a repris plusieurs fois M. Privert dans son adresse à la nation.

Jocelerme Privert dit rester attaché à l’accord et attend la décision d’une Assemblée nationale plus que jamais polarisée sur la question et qui, visiblement, ne va pas se réunir demain sur le dossier. L’ex-sénateur est au courant que des groupes de sénateurs et de députés ont signé des pétitions demandant une rallonge de son mandat. Il les en remercie.

Privert croit que personne ne devrait remettre en question le calendrier électoral, le rapport de la Commission de vérification électorale et les acquis en termes de stabilité dans le pays. Il a appelé le gouvernement, la police nationale à continuer à assumer leurs responsabilités avec la même rigueur.

Parallèlement, pour le groupe minoritaire au Sénat, la plupart des membres du bloc majoritaire à la Chambre des députés et le clan de PHTK et alliés, Jocelerme Privert n’est plus le président de la République. La communauté internationale réunie au sein du Core Group se dit préoccupée devant l’absence de mesures prises pour assurer la continuité institutionnelle au-delà du 13 juin.

Le Core Group demande à l’Assemblée nationale « d’agir et de parvenir à une solution qui évite un vide institutionnel et facilite le retour à l’ordre constitutionnel par la tenue d’élections sans délai. Il demande instamment à tous les acteurs, les partis politiques, les candidats et leurs partisans et à tout autre groupe de maintenir le calme et de refuser tout recours à la violence ».

AUTEUR

Robenson Geffrard

rgeffrard@lenouvelliste.com


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