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Amer, Évans Paul quitte la Primature sans accueillir son successeur

samedi 27 février 2016 par Sterlin Charles

L’ancien Premier ministre Évans Paul quitte la primature sans souhaiter la bienvenue à son remplaçant. Le chef du gouvernement et ses ministres ont boudé la cérémonie d’installation du Premier ministre Fritz Jean tenue vendredi au palais national. Dans une déclaration faite peu avant le début de la cérémonie depuis sa résidence officielle, l’ex-Premier ministre dit avoir pris cette décision pour ne pas cautionner la violation de l’accord du 6 février et de la Constitution par le président provisoire. -

Quelques heures avant l’installation du nouveau Premier ministre au palais national, le Premier ministre sortant Évans Paul a convoqué la presse en sa résidence officielle. Les membres du cabinet ministériel, l’air détendu, étaient en train de trinquer dans la cour de la résidence de Musseau en attendant l’arrivée du Premier ministre. Alors que plus d’un s’attendait à des propos d’adieu, Évans Paul a surpris tout le monde dans sa dernière intervention en tant que Premier ministre. « Nous sommes là cet après-midi pour annoncer la décision que j’ai prise en tant qu’Évans Paul et, bien sûr, en accord avec les membres du gouvernement que je dirigeais, de ne pas participer à la cérémonie dit-on, qui, va avoir lieu au palais national pour installer un Premier ministre », déclare le Premier ministre Évans Paul, à près d’une heure du début de la cérémonie. C’est un Évans Paul critique et visiblement amer qui dénonce une violation de l’accord du 6 février et de la Constitution. C’est la principale raison donnée par l’ex-Premier ministre pour expliquer sa décision de bouder la cérémonie d’installation de son remplaçant. « Cette décision n’a rien à voir avec ma volonté et l’obligation que j’ai de laisser la Primature et les responsabilités que j’avais à la tête de l’État », a précisé l’ancien Premier ministre, ajoutant que, dans tous les cas de figure, il est dans la période de la fin de la mission d’une année qu’il avait à la tête du gouvernement. Le gouvernement presque au complet, excepté le ministre de l’Économie et des Finances, Wilson Laleau, le titulaire du Tourisme, Stéphanie B. Villedrouin et Nesmy Manigat, ministre de l’Éducation nationale, était là à l’occasion de l’intervention du Premier ministre sortant. La sortie inattendue du Premier ministre sortant fait suite à toute une série d’interventions médiatiques au cours desquelles Évans Paul n’a jamais raté l’occasion de tacler le président de la République. « Le Premier ministre Évans Paul a déclaré ne pas vouloir, en répondant à ladite invitation, s’associer à ces violations flagrantes de la Constitution de 1987 amendée et de l’accord politique du 6 février 2016 », lit-on dans un communiqué rendu public par la Primature peu après l’intervention du Premier ministre. « Puisque, selon tous les constats, l’accord n’est pas respecté, les procédures constitutionnelles non plus, nous ne voulons par notre présence cautionner aucune démarche qui semble emmener le pays dans le chaos. A aucun moment, nous nous ne sommes jamais associés à la démarche politique qui n’est pas bonne pour le pays et le peuple haïtien », a déclaré Évans Paul, qui subitement, a retrouvé l’art d’être critique. « Nous croyons qu’aujourd’hui, ceux qui ont la responsabilité de la Présidence ainsi que le Parlement ont l’obligation de s’entendre selon l’accord pour sortir le pays de la crise, et ne pas se comporter de manière à enfoncer le pays dans une crise beaucoup plus grave »,a-t-il conseillé plus loin. Le Premier ministre a également écrit une correspondance au président de la République pour exposer, dit-il, « les remarques et réflexions des membres de mon gouvernement relatives au développement et à l’évolution de la situation politique, aggravée par la nomination, annoncée hier, en marge de la Constitution de 1987 amendée et de l’accord du 6 février, d’un nouveau Premier ministre ». « En effet, vos agissements risquent de compliquer, voire compromettre la recherche de la stabilité politique propre à contribuer à l’apaisement social et à un retour au fonctionnement régulier des institutions républicaines », a écrit l’ancien Premier ministre au président provisoire. Avant de prononcer ses derniers mots, le Premier ministre, d’un ton plus solennel, a pris le temps de remercier Dieu, le président Martelly et ses collaborateurs au sein du gouvernement. « Dans l’ambiance qui règne actuellement, je recommande deux attitudes, au président Privert en particulier, au Parlement aussi, c’est une recommandation et un mot d’ordre, composer ou décomposer, kreyòl pale, kreyòl konprann ». Sur ces propos, l’ancien Premier ministre de Michel Martelly a quitté la Primature sous les applaudissements de ses ministres. L’après-midi s’achève sur des séances de photo entre l’ancien Premier ministre, ses ministres et ses collaborateurs.
Louis-Joseph Olivier
ljolivier@lenouvelliste.com


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