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Attaque contre les religieux : « Nos institutions sont faibles », estime le cardinal Langlois

mercredi 25 mars 2015 par Sterlin Charles

« En attaquant les communautés religieuses, c’est toute l’Eglise catholique qu’on a attaquée », a déclaré le cardinal Chibly Langlois. De novembre 2014 à nos jours, une quarantaine de communautés religieuses ont été la cible des bandits un peu partout à travers le pays. Les sœurs, les frères, les prêtres sont maltraités et dépouillés par des bandits. Les autorités policières et judiciaires semblent dépassées par les événements. Le plan de la sécurité annoncée la semaine dernière par le chef de la police et le ministre de la Justice et de Sécurité publique ne rassure pas la Conférence épiscopale d’Haïti.

« Poser le problème de l’insécurité dans le pays revient aussi à attirer l’attention sur les institutions qui doivent assurer la sécurité des gens », estime le cardinal Chibly Langlois. L’évêque des Cayes croit également que la population doit collaborer en dénonçant les malfaiteurs et en alertant la police sur tout ce qui lui semble anormal. Intervenant mardi matin sur Radio Magik 9, le prélat a souligné que l’insécurité ne frappe pas seulement les religieux, mais est présente dans toute la société.

« Sans défense, les religieux sont battus et déshumanisés. C’est une situation qui attriste le président de la Conférence épiscopale d’Haïti (CEH). Cela est encore plus inquiétant lorsque la police et la justice n’arrivent toujours pas à stopper ces malfrats qui attaquent de façon systématique les religieux depuis le mois de novembre 2014. Nous cherchons à savoir quelles sont les causes de ces attaques », a souligné le cardinal Langlois.

Au-delà des promesses faites par les autorités, le cardinal Langlois a indiqué que l’Eglise sera rassurée quand les auteurs de ces attaques seront neutralisés et déférés par-devant la justice pour répondre de leurs actes. Là encore, l’homme d’Eglise croit que la société devra rester vigilante et s’organiser afin de barrer la route à ces gens malintentionnés.

Dans une conférence de presse la semaine dernière, le chef de la police nationale et le ministre de la Justice et de la Sécurité publique avaient promis de tout mettre en œuvre pour protéger les communautés religieuses et arrêter les bandits. Le cardinal a appelé la police et la justice à se renforcer afin de mieux sécuriser la population.

L’évêque des Cayes a salué des arrestations faites par la police dans le cadre de cette affaire. « Nous les félicitons, mais nous attendons aussi l’aboutissement de l’enquête qui nous permettra de savoir les causes de ces attaques systématiques afin de remonter à la source », a-t-il dit.

« Jamais dans le passé les religieux n’ont été de façon systématique la cible de bandits », a déploré le cardinal. Selon le président de la CEH, ces attaques paraissent bien pensées. Certaines fois, des bénéficiaires directs de la présence des religieux dans leur zone se mettent avec d’autres personnes pour attaquer les frères et les sœurs.

L’évêque des Cayes a reconnu que dans certains cas les bandits agissent en complicité avec des gens qui travaillent dans les communautés religieuses ou qui sont proches des religieux. Des fois, a-t-il souligné, les bandits attaquent quand ils savent qu’il va y avoir le paiement des professeurs dans des écoles gérées par des sœurs et des frères.

Le cardinal Langlois a estimé que les bandits se font une fausse idée du train de vie des religieux. « Il y en a qui vivent dans des conditions difficiles », a-t-il dit. « Si vous entrez dans les archevêchés, vous verrez que nous fonctionnons dans des conditions difficiles. On n’arrive pas à faire les réparations… Nous n’avons pas d’argent… », a expliqué le cardinal.
Pour l’archevêque métropolitain, Mgr Guire Poulard, les nombreux actes crapuleux dont sont victimes les religieux, les religieuses et les prêtres à travers tout le pays « nous portent à croire qu’il ne s’agit en aucun cas d’actes isolés. C’est le produit des laboratoires mortifères qui les planifient, les organisent et les orientent vers l’Église. Pour beaucoup des actes de violence dirigés contre nous, nous sommes convaincus que si la police s’était montrée soucieuse de son travail, les bandits n’auraient jamais continué leur sordide besogne. »

Face à cette situation, a ajouté Mgr Poulard, « nous nous demandons si nous ne devrions pas demander à nos religieuses et religieux de fermer leurs portes là où ils ne peuvent s’assurer que leur sécurité est prise en compte par l’État et la population au service de laquelle ils se dévouent corps et âme. »

AUTEUR

Robenson Geffrard

rgeffrard@lenouvelliste.com


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