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Bataille d’horloges entre Corée du Nord et du Sud

mercredi 12 août 2015 par Sterlin Charles

Après les barbelés, les fuseaux horaires. Une demi-heure séparera désormais les deux capitales rivales, éloignées pourtant de seulement… 195 kilomètres.

Les deux Corées s’éloigneront encore un peu plus ce samedi, lorsque la nouvelle « heure de Pyongyang » entrera en vigueur, à l’occasion des célébrations de la fin de l’occupation coloniale japonaise sur la péninsule (1910-1945). Cette mesure a été décrétée par le régime du « Maréchal » Kim Jong-un pour célébrer la souveraineté coréenne et en finir avec les derniers « vestiges de l’ère coloniale ».

Fuseau originel

Il s’agit d’une initiative millimétrée pour affaiblir sa rivale, la présidente sud-coréenne Park Geun-hye, en plein regain de tension Nord-Sud. La dirigeante conservatrice a dénoncé l’initiative du Nord, affirmant qu’elle crée un obstacle supplémentaire sur la route de la réunification. Le pays le plus fermé du monde à beau jeu de rappeler qu’il revient au fuseau originel de la péninsule en vigueur avant la colonisation, intercalée entre celui de la Chine et du Japon. Une façon d’affirmer la souveraineté de ce peuple pris en étau entre les deux géants de l’Asie du Nord-Est.

Depuis sa création, le régime de Pyongyang se présente en champion de l’indépendance coréenne, face à une Corée du Sud « vassale » des États-Unis « impérialistes », et même pire, du Japon, ennemi ancestral. Son changement d’heure vise à faire « payer » Tokyo pour ses « crimes hideux », affirme la propagande. Il vise à souligner par contraste l’asservissement de la Corée capitaliste, en faisant des œillades à la gauche nationaliste à Séoul.

Péché originel

La manœuvre est habile, car elle attaque la présidente Park sur son point faible politique, son père, dénoncé comme un « dictateur » par l’opposition. En effet, c’est bien l’autocrate Park Chung-hee qui décréta l’alignement sur l’heure japonaise en 1961, lorsqu’il reprit en main le pays, à la suite d’un coup d’État militaire. En pleine guerre froide, l’abandon de l’heure « coréenne » vise à une meilleure coordination avec le nouvel allié japonais, sous la houlette du grand frère américain, face à la menace de Mao Tsé-toung et de Kim Il-sung. Park, le père fondateur de la Corée du Sud moderne, a servi dans l’armée impériale japonaise durant sa jeunesse. Un péché originel que Pyongyang remet indirectement sur le tapis en reculant son horloge d’une demi-heure.

Des relations toujours tendues

Le régime des Kim a répliqué vertement aux critiques exprimées par sa fille, élue démocratiquement en 2012. Sa « flagornerie à l’égard du Japon a franchi la limite du tolérable », a dénoncé dans un communiqué la Commission nord-coréenne pour la réunification pacifique de la Corée (CRPC). Un sujet toujours brûlant à Séoul, puisqu’un homme de 81 ans s’est immolé par le feu devant l’ambassade du Japon, ce mercredi, réclamant des excuses du Japon pour ses exactions coloniales.

Les relations entre Séoul et Tokyo sont tendues, à la veille des célébrations des 70 ans de la fin de la guerre du Pacifique. Des différends territoriaux et sur la mémoire ont empêché tout sommet entre Park et le Premier ministre Shinzo Abe depuis leur arrivée au pouvoir. Mais une désescalade est en cours depuis l’été, sous la pression de Washington, préoccupé de voir ses deux principaux alliés dans la région se chamailler. Cette fois-ci, la menace prioritaire n’est plus la Corée du Nord, mais la Chine de Xi Jinping. L’heure tourne en Asie du Nord-Est.


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