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Brésil : Lula prêt à voler au secours de Dilma Rousseff

mardi 15 mars 2016 par Sterlin Charles

Si l’ancien président entre au gouvernement, il échappera à un placement en détention dans le scandale de corruption Petrobras.

Source AFP

Pour éviter la chute de son héritière politique, Dilma Rousseff, l’ex-président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva (2003-2010) pourrait accepter sous peu un ministère au sein du gouvernement, selon une source gouvernementale. Par la même occasion, l’icône de la gauche brésilienne, qui ambitionne de revenir au pouvoir en 2018, échapperait à la menace d’un humiliant placement en détention dans le cadre de l’enquête sur le scandale de corruption Petrobras.

« Lula viendra à Brasilia aujourd’hui (mardi) ou demain. Il y a deux possibilités pour lui au sein du gouvernement : devenir chef de cabinet de Dilma Rousseff ou secrétaire du gouvernement », a déclaré mardi à l’Agence France-Presse une source gouvernementale. « L’intention est d’aider la présidente à faire face à la procédure impeachment et pas d’échapper à la justice », a assuré cette source. Trois millions de Brésiliens ont manifesté dimanche dans tout le pays pour réclamer le départ de la présidente de gauche, empêtrée dans une crise politique majeure, dans un contexte de récession économique et de scandale national de corruption.

Ressouder la coalition

« Lula est le seul homme politique capable de ressouder » la coalition gouvernementale au bord de l’explosion, a déclaré la source gouvernementale interrogée par l’Agence France-Presse. Figure politique hors norme, l’ancien ouvrier métallurgiste et leader syndical a présidé au miracle socio-économique brésilien des années 2000 au cours duquel 40 millions de Brésiliens sont sortis de la misère pour rejoindre la classe moyenne. Il a quitté le pouvoir avec une popularité record de 80 % qui lui a permis de faire élire sa dauphine Dilma Rousseff, une ancienne guérrillera torturée sous la dictature et alors inconnue du grand public.

En entrant au gouvernement, Lula échapperait de facto à la justice ordinaire au moment où il est sous la menace d’un placement en détention provisoire dans le cadre de l’enquête sur le gigantesque scandale de corruption Petrobras. Le juge fédéral Sergio Moro, responsable de cette enquête sur un vaste réseau de détournements de fonds au sein du géant étatique pétrolier, soupçonne l’ex-président Lula de « corruption » et blanchiment d’argent ».

Accusée de maquiller les comptes publics

En tant que ministre, Lula ne pourrait répondre pénalement que devant le Tribunal suprême fédéral (STF), chargé du volet politique de l’enquête qui vise des dizaines de parlementaires, dont le président du Congrès des députés Eduardo Cunha. Samedi, le pilier incontournable de sa coalition parlementaire, le grand parti centriste PMDB, s’est donné 30 jours pour décider s’il claquerait ou non la porte du gouvernement, ce qui pourrait précipiter la chute de Mme Rousseff.

La présidente est visée depuis décembre par une procédure de destitution au Parlement. L’opposition accuse le gouvernement de Dilma Rousseff d’avoir sciemment maquillé les comptes publics de l’État en 2014 pour minimiser l’impact de la crise économique qui frappe ce pays-continent de plus de 200 millions d’habitants et favoriser ainsi la réélection de la présidente. Cette procédure a été freinée depuis par le Tribunal suprême. Mais elle devrait rebondir dès cette semaine quand la haute juridiction aura fixé les règles de son cheminement, une décision attendue mercredi ou jeudi.

Un changement de politique économique

Lula « a posé comme condition à son entrée au gouvernement un changement de la politique économique », affirme le quotidien O’Globo, citant une source non identifiée de la présidence. L’ancien président souhaite que l’action du gouvernement soit « davantage centrée sur la reprise de la croissance », selon le quotidien. Réélue de justesse en novembre 2014, Dilma Rousseff a tenté, sans grand succès, d’imposer une cure d’austérité au Brésil, en totale contradiction avec ses engagements de campagne électorale.

Ces mesures impopulaires ont généré un profond mécontentement au sein même du Parti des travailleurs (PT, gauche) fondé par Lula. La septième économie mondiale est entrée dans sa deuxième année de récession. La PIB brésilien s’est contracté de 3,8 % en 2015, et devrait encore reculer dans les mêmes proportions cette année. L’inflation a passé la barre des 10 %. Les déficits publics et la dette s’envolent et le Brésil a vu sa note souveraine rabaissée au rang de spéculative par les agences internationales de notation.


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