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Crise ukrainienne : quelle stratégie pour l’Otan ?

jeudi 4 septembre 2014 par Sterlin Charles

FIGAROVOX/ANALYSE - A l’occasion du sommet de l’Otan qui s’ouvre aujourd’hui au pays de Galles, Pierre Rousselin s’interroge sur le manque de ligne directrice pour l’institution, pourtant nécessaire pour résoudre le problème ukrainien.

Le sommet de l’Otan qui s’ouvre aujourd’hui au pays de Galles est présenté comme un retour aux sources de l’Alliance atlantique. Après les expéditions lointaines comme en Afghanistan, l’organisation militaire reviendrait à sa raison d’être initiale : la défense de ses États membres directement menacés par une Russie qui n’est plus soviétique mais serait retombée dans ses travers impériaux.

L’activisme de Vladimir Poutine en Ukraine est le meilleur ferment d’un réveil transatlantique. Mais le retour de la guerre aux portes de l’Europe suffira-t-il à rendre à l’Otan sa raison d’être ?

Sans une stratégie clairement définie pour atteindre cet objectif, l’Otan risque fort de faillir à sa mission essentielle et de se montrer incapable d’éviter que le chaos s’installe à ses frontières.

Chaque pays abritant une minorité russe s’inquiète de la nouvelle agressivité de Moscou dont l’intervention directe en Ukraine orientale ne peut plus être niée, six mois après l’annexion unilatérale de la Crimée. Il faut rassurer les États concernés par des actes capables de dissuader la Russie de tester la solidarité de l’Alliance. Pour ne pas revenir sur les engagements de l’acte fondateur Otan-Russie de 1997, les déploiements permanents de troupes souhaités par certains en Europe centrale ne sont pas plus à l’ordre du jour qu’une confrontation militaire avec la Russie à propos de l’Ukraine. La création d’une force de réaction rapide de 4 000 hommes, capable d’intervenir sous 48 heures, est censée apporter la preuve que l’article 5 du traité fondateur de l’Alliance, celui qui garantit une défense collective de chaque État membre contre une attaque extérieure, sera bien mis en œuvre.

Ces précautions ne sont pas inutiles, à l’heure où la logique de guerre qui s’installe en Ukraine peut encourager une surenchère nationaliste incontrôlable à Moscou. Elles établissent une distinction marquée entre les États qui sont membres de l’Otan et ceux qui, comme l’Ukraine, ne le sont pas. Elles ont surtout l’avantage d’être moins coûteuses que l’augmentation générale des dépenses de défense, qui est pourtant indispensable mais que l’Europe en crise refuse d’assumer.

Comme les sanctions imposées à la Russie, la création d’une force d’intervention rapide ne résoudra en rien la question centrale qui est de trouver un compromis acceptable par Kiev et par Moscou pour éviter la partition définitive de l’Ukraine et l’enracinement d’un conflit armé durable en Europe. Sans une stratégie clairement définie pour atteindre cet objectif, l’Otan risque fort de faillir à sa mission essentielle et de se montrer incapable d’éviter que le chaos s’installe à ses frontières.

L’échec de l’offensive militaire menée par l’armée ukrainienne contre les rebelles pro-russes doit inciter les responsables occidentaux à faire pression sur Kiev en vue d’une véritable négociation avec Moscou. En l’absence d’un accord donnant à l’Ukraine un statut spécial de neutralité entre l’Otan et la Russie, c’est un nouveau « rideau de fer » qui s’abat sous nos yeux pour diviser le continent européen.

L’urgence d’une solution en Ukraine est d’autant plus grande que notre sécurité est menacée de façon bien plus grave sur un autre front : celui de la déstabilisation du Moyen-Orient.

L’urgence d’une solution en Ukraine est d’autant plus grande que notre sécurité est menacée de façon bien plus grave sur un autre front : celui de la déstabilisation du Moyen-Orient. Les exactions commises par les terroristes de l’État islamique en Irak, les moyens qu’ils ont réussi à rassembler et leur progression spectaculaire illustrent l’échec de la politique occidentale dans la région depuis le début des révoltes arabes. Quelle que soit la responsabilité du régime syrien dans l’émergence de l’État islamique, la priorité n’est malheureusement plus d’obtenir le départ d’un dictateur sanguinaire mais bien d’empêcher la création d’un État djihadiste implanté au cœur du monde arabe et disposant de réseaux jusque dans les banlieues européennes.

Barack Obama a raison de vouloir rassembler une coalition internationale pour y parvenir. Il faudrait qu’elle soit la plus large possible. Mais il est urgent qu’il se dote d’une stratégie, notamment en Syrie, qu’il avoue ne pas avoir « encore » définie.

Au-delà de l’espace transatlantique, l’Otan n’est pas l’instrument idéal. Elle a démontré les limites de ses interventions au long cours en Afghanistan, où rien n’est vraiment réglé au terme de l’opération la plus longue et la plus coûteuse qu’elle ait menée. Que l’Alliance se recentre sur sa mission originelle est une bonne chose. Mais il ne faudrait pas que l’absence de stratégie la conduise à exacerber le conflit avec la Russie dans le seul but de se perpétuer.


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