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États-Unis : itinéraire d’un ado californien devenu porte-parole d’Al-Qaïda

jeudi 23 avril 2015 par Sterlin Charles

Avant de se tourner vers l’islamisme, Adam Gadahn, tué dans une opération américaine en janvier, était un fan de musique heavy metal.

Adam Gadahn, porte-parole d’Al-Qaïda tué dans une opération américaine en janvier, a connu une enfance peu ordinaire en Californie avant de se tourner vers la religion musulmane et de se radicaliser, au point de devenir l’une des principales figures du groupe djihadiste. Gadahn, 36 ans, était l’un des porte-parole les plus en vue d’Al-Qaïda. Il était recherché par Washington notamment pour trahison et pour avoir participé à des "actes terroristes". Il intervenait régulièrement sur Internet, en arabe et en anglais, pour prêcher le djihad anti-américain.

À l’automne 2010 par exemple, dans le magazine djihadiste en anglais Inspire que publie au Yémen la branche locale d’Al-Qaïda, le jeune homme, dit "Azzam l’Américain", évoquait "les devoirs du djihad individuel". Et dans une vidéo intitulée "Vous n’êtes responsables que de vous-mêmes", il lançait : "Les musulmans en Occident doivent savoir qu’ils sont parfaitement positionnés pour jouer un rôle décisif dans le djihad contre les sionistes et les croisés. Alors, qu’attendez-vous ?"

En juin 2010, dans une autre vidéo, il demandait à Barack Obama de "retirer chacun de ses soldats, espions, conseillers de sécurité, instructeurs, attachés, entrepreneurs, robots, drones et tout autre personnel américain, navires et avion de tous les pays musulmans, de l’Afghanistan à Zanzibar". Il lui demandait également de mettre fin à son soutien "à la fois moral et matériel" à Israël, de "cesser toute ingérence" dans les affaires des musulmans et de libérer les musulmans détenus par les États-Unis. Un appel qui ressemblait à celui lancé en 2007 par "Azzam" à l’ancien président George W. Bush.

Le fils d’un musicien d’origine juive

En 2011, Adam Gadahn avait encore indiqué qu’aux États-Unis, les musulmans peuvent, comme n’importe qui, très aisément se procurer des armes automatiques sans avoir à fournir une pièce d’identité : "Il est important que nous affaiblissions les passions belliqueuses de nos lâches ennemis en visant des personnages publics influents au sein des médias, gouvernements et économies sionistes et croisés." Adam Gadahn connaissait d’autant mieux les États-Unis qu’il est né et a passé son enfance en Californie, fils d’un père musicien d’origine juive. Mais l’enfance du jeune homme n’a guère été ordinaire : son père s’est converti au christianisme avant de partir s’installer dans une ferme isolée où Adam n’était pas scolarisé, éduqué par ses parents chez lui.

À l’âge de 15 ans il déménage chez ses grands-parents à Santa Ana, en Californie, où ses proches le décrivaient comme un adolescent ordinaire, fan de musique death metal qui portait les cheveux longs. "Adam était un adolescent très aimant, attentif et intelligent", racontait en 2004 sa tante Nancy Pearlman. "Il écoutait du hard rock, mais a arrêté quand il s’est tourné vers la religion." À 17 ans, Gadahn se convertit à l’islam : "J’ai découvert que les croyances et pratiques de cette religion correspondent à ma vision personnelle de la théologie et de l’intellect, de même qu’à une logique humaine", avait-il notamment écrit dans un post sur le site internet d’une université californienne.

"Azzam l’Américain"

Sa conversion semble être intervenue après qu’il eut fréquenté le centre islamique du comté d’Orange, en banlieue de Los Angeles, où deux prêcheurs extrémistes officiaient, Khalil Deek et Hisham Diab. Adam Gadahn aurait quitté les États-Unis en 1998. Il n’a donné aucun signe de vie à sa famille jusqu’à quelques mois après les attentats du 11 septembre 2001, annonçant alors à ses proches qu’il s’était marié avec une réfugiée afghane. On retrouve ensuite Gadahn dans une vidéo en 2004 où un certain "Azzam l’Américain", le visage masqué, menace les États-Unis d’autres attaques terroristes. Il apparaît ensuite, toujours masqué, dans plusieurs vidéos dans lesquelles il appelle au djihad.

Puis, en 2006, il apparaît pour la première fois à visage découvert dans une vidéo aux côtés du numéro deux d’Al-Qaïda de l’époque, Ayman Al-Zawahiri. On le retrouvera ensuite régulièrement dans de nombreuses vidéos de propagande d’Al-Qaïda. Le département de la Justice avait annoncé en 2006 l’avoir inculpé pour trahison, la première fois qu’une telle charge était retenue contre un citoyen américain depuis la Seconde Guerre mondiale. Les autorités américaines ont annoncé jeudi la mort de Gadahn lors d’une opération américaine en janvier, dans laquelle il n’était pas spécifiquement visé.


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