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Gaza : les deux camps crient victoire

mercredi 27 août 2014 par Sterlin Charles

À l’heure des bilans, le Hamas proclame à tue-tête sa victoire, tandis qu’Israël a le triomphe beaucoup plus modeste, avec un gouvernement qui affiche ses divisions. Seul point d’accord : le cessez-le-feu permanent proclamé mardi après 50 jours de combats sanglants dans et autour de la bande de Gaza est respecté. En revanche, la bataille politique ne fait que commencer. Fiers d’avoir réussi à tirer près de 5.000 roquettes vers le territoire israélien, les dirigeants du Hamas, dès la sortie de leurs cachettes, ont affirmé haut et fort avoir vaincu « l’ennemi en lançant des opérations héroïques et en lui infligeant d’énormes pertes ».

Le fait est que le Hamas a réussi à contraindre des centaines de milliers d’Israéliens à vivre au rythme des sirènes d’alarme déclenchées par les tirs de roquettes ou d’obus de mortier. Les islamistes sont également parvenus pour la première fois à perturber pendant quelques heures le trafic aérien à l’aéroport Ben-Gourion. Malgré, les raids à répétition de l’aviation israélienne, ils ont continué à tirer jusqu’à la dernière minute. « Nous avons gagné aux points, mais on ne les a pas mis KO », admet Yuval Steinitz, le ministre israélien chargé des Services de renseignements.

Le blocus ne sera pas levé

Sur le front politique, en revanche, le Hamas n’a pas vraiment de raison de pavoiser. Les islamistes n’ont pas obtenu l’essentiel : la levée du blocus imposé depuis des années par Israël et l’Égypte sur la bande de Gaza.

Les points de passage pour la livraison d’une aide humanitaire vont être entrouverts. Mais Israël a bien l’intention de vérifier méticuleusement l’usage des matériaux de construction pour éviter qu’ils servent à la production de roquettes ou pour la construction de tunnels utilisés pour des infiltrations de commandos en territoire israélien. L’Égypte, pour sa part, ne s’est pas engagée à ouvrir en permanence le poste frontière de Rafah. Bref, le carcan est loin d’être totalement desserré. Les autres exigences du Hamas, sur la construction d’un port et d’un aéroport à Gaza, ainsi que la libération de prisonniers, risquent, elles aussi, de rester lettre morte.

« L’armée la plus puissante du Moyen-Orient n’a pas réussi à vaincre une organisation terroriste de taille moyenne. Il n’y a pas lieu de parler de victoire. »

Benyamin Nétanyahou estime que dans ces conditions, Israël peut s’accorder un sérieux satisfecit. « Le Hamas a reçu les coups les plus durs depuis sa création et il n’a rien obtenu », assure Liran Dan, un porte-parole du premier ministre. À propos des négociations qui doivent s’ouvrir dans un mois au Caire sur les dossiers en suspens, Tzachi Hanegbi, vice-ministre des Affaires étrangères a d’ores et déjà prévenu qu’il n’était pas question pour Israël d’accepter que le Hamas dispose d’un port ou d’un aéroport. « Le premier ministre a parfaitement manœuvré en refusant de s’engager dans une opération de guérilla terrestre, qui aurait provoqué de lourdes pertes parmi nos soldats », ajoute ce proche de Benyamin Nétanyahou.

Benyamin Nétanyahou chute dans les sondages

Ce tableau flatteur est loin de faire l’unanimité. Les « faucons » de la majorité partisans d’une réoccupation de la bande de Gaza en vue de chasser le Hamas du pouvoir ont lancé une offensive. « Nous avons donné le sentiment que le terrorisme finit par payer et qu’Israël était prêt à payer n’importe quel prix pour un retour au calme », déplore ainsi Uzi Landau, ministre du Tourisme. « Il ne faut en aucun cas négocier ou passer le moindre accord avec le Hamas », a surenchéri le chef de la diplomatie, Avigdor Lieberman. Un autre « dur », Uri Ariel, ministre du Logement, s’est élevé contre le refus de Benyamin Nétanyahou de soumettre la proposition de cessez-le-feu au vote du cabinet de sécurité, dont la moitié des membres étaient hostiles à une telle trêve.

La plupart des médias ont également la dent dure : « Match nul », « Trop peu et trop tard » titrent deux quotidiens. « L’armée la plus puissante du Moyen-Orient n’a pas réussi à vaincre une organisation terroriste de taille moyenne. Il n’y a pas lieu de parler de victoire », constate Ben Caspi un éditorialiste. Plus nuancé, un de ses confrères, Dan Margalit, proche de Benyamin Nétanyahou, estime que dans « les guerres modernes il n’y a pas ceux qui perdent et ceux qui perdent moins. À Gaza, c’est Israël qui a enregistré les moindres pertes ».

Un constat teinté d’une certaine amertume qui ne fait pas les affaires d’un Benyamin Nétanyahou déjà affaibli. Seuls 38% des Israéliens affirmaient au début de la semaine avant la trêve être satisfaits de la manière dont il a mené la guerre, soit une chute de 17 points en quelques jours. Au début de l’offensive israélienne, le premier ministre caracolait avec 82% d’opinions favorables. Un déclin spectaculaire dû en grande partie aux pertes beaucoup plus élevées que prévu avec 64 soldats et six civils tués du côté israélien. Comme le soulignait un commentateur de la radio publique, Benyamin Nétanyahou va désormais engager une nouvelle bataille centrée, cette fois-ci, sur sa survie politique.

Les principaux points d’un accord à minima

Voici les principaux points de l’accord sur un cessez-le-feu permanent conclu entre Israël et les Palestiniens par l’intermédiaire de l’Égypte et entré en vigueur mardi soir.

● Ouverture des points de passage

Israël s’est engagé à permettre le passage de l’aide humanitaire, des produits alimentaires, des médicaments, du matériel médical et du matériel de construction à condition qu’il soit destiné à des organisations internationales telles que l’ONU pour la reconstruction d’écoles notamment. Israël a l’intention d’exercer un strict contrôle afin que ces matériaux, notamment le ciment et l’acier, ne soient pas utilisés pour produire des roquettes ou creuser des tunnels.

● Extension des zones de pêche

Les zones de pêche, une des principales activités dans la bande de Gaza, vont être élargies progressivement de 3 à 12 milles (environ 22 km).

● Port et aéroport à Gaza

Ces projets réclamés par le Hamas seront discutés lors de négociations qui doivent s’ouvrir dans un mois.

● Prisonniers

Les négociations sur ce dossier ont également été reportées à un mois. Le Hamas réclame la libération d’une soixantaine de prisonniers relâchés en 2011 en échange du soldat israélien Gilad Shalit, et qui ont été remis derrière les barreaux en juin après l’enlèvement et le meurtre de trois jeunes Israéliens en Cisjordanie. Jusqu’à présent, Israël a refusé.

● Démilitarisation de la bande de Gaza

Israël insiste pour que cette question soit au menu des discussions qui auront lieu dans un mois. Benyamin Nétanyahou veut démanteler les capacités de production d’armes du Hamas. Mais, selon les experts, cette exigence n’a aucune chance d’être acceptée par les islamistes


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