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Haïti : la crise post-électorale vue par trois grands journaux américains

lundi 14 décembre 2015 par Sterlin Charles

Après le Miami Herald, deux grands journaux de la cote Est des USA écrivent des éditoriaux sur Haiti. D’un côté, le New York Times, de l’autre le Washington Post.

Le journal de la Big appel, favorable, à la vérification du vote du 25 octobre, d’un report du second, tance les Etats-Unis qui devraient savoir « qu’il est impossible de construire la légitimité d’un gouvernement sur une fondation pourrie ». Si pour le journal de la capitale américaine, il y a matière à débat sur « fraudes massives ou étendues », le recomptage, dans son principe, serait bon. Cependant, il n’y a aucune garantie qu’il soit « précis », « impartial », met en avant le Washington Post qui pousse en faveur de la tenue du second tour sous haute surveillance d’observateurs internationaux. Repartir de zéro est une recette pour des bouleversements politiques et plus de violence. La crise postélectorale a désormais dépassée les frontières d’Haïti.

Le pourrissement de la crise post-électorale en Haïti n’a pas échappé à des géants de la presse écrite des Etats-Unis ce week-end, quelques jours après l’échec cuisant de la mission de Kenneth Merten, coordonnateur spécial pour Haïti au département d’Etat américain. Du libéral New York Times au conservateur Washington Post, il y a des différences de points de vue sur la crise et sur les voies de sortie possible. Le New York Times, dans l’éditorial du board « Haïti mérite une élection légitime », citant des observateurs, souligne qu’en termes de « crédibilité », « les élections du 25 octobre étaient un échec colossale ». Des observateurs ont dénoncé des bourrages d’urnes, des votes multiples de mandataires, au nombre de 900 000, selon le CEP. Des cartes de mandataires ont été vendues au marché noir, lit-on dans cet éditorial qui évoque les dénonciations des fraudes et autres méfaits par des d’organismes d’observation électorale, des organisations de la société civile, le clergé et des manifestations de rue. Jude Célestin a qualifié ces élections de « farce ridicule » et exigé une commission de vérification, indique l’éditorial du New York Times. Jovenel Moïse, candidat choisi par le président Martelly Martelly, s’est dit satisfait de l’élection du 25 octobre. Comme Jovenel Moïse, l’OEA est satisfaite ainsi que le département d’Etat des Etats-Unis qui a envoyé Kenneth Merten convaincre Jude Célestin d’aller au second tour avec la « promesse » que celle-ci sera mieux organisée. « Mais, les Etats-Unis devraient savoir qu’il est impossible de construire la légitimité d’un gouvernement sur une fondation pourrie. Ils devraient de préférence pousser pour qu’une commission d’enquête indépendante dirigée par des Haïtiens examine le vote d’octobre. Le second tour devrait être reporté pour permettre un recomptage ouvert et légitimer les résultats si c’est encore possible considérant les irrégularités. Et tout effort pour réaliser des élections crédibles devrait inclure des réformes au CEP, accusé de partialité et d’incompétence », indiqué l’éditorial du board du New York Times qui évoque les années post-séisme, le choléra, la pauvreté et le gouvernement du président Martelly, dirigeant le pays par décret, sans Parlement depuis janvier 2015. Les gens qui s’intéressent à la démocratie, aux Etats-Unis et dans le monde, devrait prêter attention à la situation et se dire qu’Haïti mérite de meilleures élections. Dans les lunettes du Washington Post… Pour sa part, le journal conservateur dans l’éditorial « Haïti au bord », sans préciser de quoi, évoque une élection présidentielle avec 54 candidats marquée par des fraudes, des achats de votes et des votes multiples. « Si les fraudes étaient massives ou simplement étendues est sujet à débat », selon l’éditorial du Washington Post, soulignant que le temps mis avant la proclamation des résultats et le fait que ce soit Jovenel Moïse qui arrive en tête a miné la confiance. Il s’en est suivi des manifestations et des actes de violence, observe l’éditorial qui note qu’une part significative de la société civile haïtienne, incluant des organisations de défense des droits humain et le clergé, ont appelé, comme Jude Célestin, à un report du second tour afin de recompter et vérifier les résultats du premier tour. « Mr Célestin et les autres, en partie au moins, sont justes dans leur doute quant à l’intégrité du processus jusqu’ici, tout comme de l’indépendance des neuf membres du conseil électoral. Toutefois, repartir à zéro et renvoyé indéfiniment le second tour est une recette pour les bouleversements et plus de violence. En principe, un recomptage est bon, mais ceci a été bloqué par le CEP ; dans tous les cas, il n’y a pas de garantie qu’il serait perçu comme précis et impartial. La meilleure façon de sortir de l’impasse est de réaliser le second tour avec les garanties de renforcement de la vigilance d’observateurs internationaux de l’OEA, d’autres pays, incluant les Etats-Unis. Organiser tout ça peut demander un bref ajournement de l’élection qui dépasserait pas plusieurs semaines », propose le board éditorial du Washington Post, critique envers le président Michel Martelly pour n’avoir pas fait l’unité du pays, comme il l’avait promis il y a quatre ans. Miami Herald, bien avant New York Times Le 2 décembre, avant la mission Merten, le board du Miami Herald avait publié un éditorial « S’assurer de l’intégrité de l’élection ». Dans ce texte d’opinion, bien avant le New York Times, le journal floridien avait écrit que Kenneth H. Merten est « dans l’obligation de faire tout son possible pour persuader les leaders haïtiens à apporter de la clarté dans l’élection ». « Cela démarrera par le report du second tour du 27 décembre, suivi d’une investigation indépendante dirigée par des Haïtiens, supportée par la communauté internationale sur les allégations de fraudes », avait indiqué le journal. Le Miami Herald avait observé qu’Haïti se retrouve encore empêtrée dans une crise post-électorale. Cela ne devrait pas être une surprise. Premièrement, les élections ont été reportées de manière répétée sous l’administration Martelly jusqu’à ce que le Parlement soit en dysfonctionnement en janvier dernier. Ce qui a permis au président Martelly de diriger par décret, sans le contrôle démocratique du Parlement. Maintenant, à l’approche du second tour de la présidentielle, le Premier ministre Evans Paul, avec ses propres mots reconnaît que le pays est confronté à une « crise de confiance », selon le Miami Herald. Les neuf membres du Conseil électoral provisoire, chargés de vérifier les résultats des élections, commettent gaffe après gaffe discréditant le processus électoral. Jusqu’ici, le gouvernement américain – qui a déboursé 30 millions de dollars us pour ces élections-, l’Union européenne ayant observé le vote qui a prononcé un OK rapide pour le scrutin, le président Michel Martelly qui était confronté à des défis similaires en 2010 ne font pas assez pour faire face à la situation et éviter toute détérioration, a souligné l’édito du Miami Herald. Les Haïtiens méritent mieux que ça. Ils méritent de savoir que leur vote compte. « Les allégations de fraudes, massives ou pas, doiventt être élucidées pour finalement apaiser le processus », a indiqué l’éditorial du Miami Herald, qui revient sur la décision du CEP de Pierre-Louis Opont de publier les résultats définitifs du premier tour au lieu de demander une vérification plus en profondeur des procès-verbaux ayant des problèmes. Une fois qu’il y a des allégations de fraudes, les membres du CEP eux-mêmes devraient revoir les procès-verbaux afin de déterminer si ces charges sont fondées. La loi électorale est claire, ce qui est moins clair c’est pourquoi le CEP n’a pas fait ce travail, a commenté le Miami Herald, qui est revenu sur la position du groupe des 8, exigeant la vérification et les appels allant dans le même sens d’autres entités de la société civile, dont l’Eglise catholique et le patronat.
Roberson Alphonse robersonalphonse@lenouvelliste.com


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