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Incendies dans un site pétrochimique : "un acte criminel", selon Cazeneuve

mercredi 15 juillet 2015 par Sterlin Charles

Deux explosions avaient retenti dans un site proche de l’étang de Berre. Des éléments pouvant appartenir un système de mise à feu ont été découverts.

Les enquêteurs, qui ont repris mercredi l’examen du site pétrochimique proche de l’étang de Berre (Bouches-du-Rhône) touché la veille par deux explosions et deux incendies, ont découvert des éléments qui pourraient constituer un système de mise à feu. Des membres de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) et des gendarmes de la section de recherches de Marseille, auxquels une enquête pour destruction par incendie a été confiée par le parquet d’Aix-en-Provence, ont repris mercredi matin leurs constatations sur le site, "avec une sécurisation renforcée", a précisé cette source.

Selon elle, "les enquêteurs ont trouvé des éléments qui pourraient constituer, s’ils sont identifiés en tant que tels, une chaîne pyrotechnique", c’est-à-dire un système de mise à feu. "Ces éléments ont été trouvés non loin de l’une des deux cuves, mais pas à proximité immédiate. À ce stade, on ne peut pas encore affirmer qu’il s’agit d’un dispositif de mise à feu", a-t-elle ajouté.

Ce que le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a confirmé mercredi midi : il s’agit d’un "acte criminel", selon les premiers éléments de l’enquête, a-t-il déclaré. "Il y a une enquête en cours, les premiers éléments qui sont communiqués montrent qu’il s’agit d’un acte criminel, dont la motivation n’est pas établie", a-t-il ajouté à l’Assemblée nationale en précisant que "le procureur de la République d’Aix-en-Provence, qui a l’autorité de l’enquête, sera amené à s’exprimer (sur le sujet) dans les heures qui viennent".

Émanations

Les gendarmes ont aussi constaté qu’un passage avait été pratiqué à travers le grillage, près d’une des cuves incendiées. Mais ils "n’ont pas trouvé d’indices amenant à penser qu’il y a eu un passage récent par cette ouverture", selon la source proche de l’enquête. Mardi soir, les investigations avaient dû être suspendues pour ne pas exposer les enquêteurs trop longtemps aux émanations à proximité immédiate des cuves qui ont brûlé.

"Un acte malveillant est une hypothèse sérieuse", avait déjà confié une source proche du dossier. "Selon les premiers éléments de l’enquête, la probabilité que ces deux incendies de cuves distantes de 500 mètres puissent être accidentels est très faible. Les enquêteurs privilégient la thèse d’un acte volontaire", a affirmé une autre source proche de l’enquête.

Vers 3 heures mardi, deux explosions ont retenti dans ce site du groupe LyondellBasell, immatriculé aux Pays-Bas et coté à Wall Street, proche de l’étang de Berre et de l’aéroport de Marseille-Marignane. Elles ont touché deux cuves, distantes d’environ 300 mètres, entraînant des incendies. Le site de LyondellBasell, qui s’étend sur près de 1 000 hectares au bord de l’étang de Berre, emploie environ 1 000 personnes et de nombreux sous-traitants.

"Le risque zéro n’existe pas"

Cette double explosion pose de nouveau la question de la difficile sécurisation des sites industriels sensibles, dits Seveso, et notamment la prévention d’actes criminels ou d’attentats. "Le risque zéro n’existe pas. Si quelqu’un veut vraiment être nuisible, cela va être difficile de l’arrêter. Il faut prendre acte qu’on est dans un environnement qui a fondamentalement changé depuis trois ans", estime Philippe Prudhon, directeur du département des affaires techniques à l’Union des industries chimiques (UIC).

Pour France Nature Environnement, une fédération d’associations de protection de l’environnement, "durant les quinze dernières années, on s’est surtout posé la question des accidents qui peuvent se produire sur les sites industriels lorsque quelque chose dérape, beaucoup moins sur ce qui peut se passer si quelqu’un essaye d’y venir pour déposer une bombe", renchérit Maryse Arditi, membre du directoire sur les risques industriels.

Deux semaines plus tôt, le 26 juin, un autre site classé Seveso (seuil bas) avait été la cible d’un attentat mené par un chauffeur-livreur de 35 ans, qui avait assassiné et décapité son patron avant de tenter de faire sauter l’usine. Le gouvernement avait alors immédiatement demandé une "vigilance maximale" et "renforcée" sur tous les sites Seveso. Une réunion doit se tenir très prochainement entre le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, la ministre de l’Écologie et de l’Énergie Ségolène Royal et les industriels pour examiner les mesures nécessaires.

Consignes aux préfets

Mardi, Bernard Cazeneuve a demandé aux préfets de prendre "immédiatement" attache avec les responsables des sites industriels sensibles, pour procéder "sans délai à une inspection minutieuse des installations, à la vérification de l’intégrité de leur enceinte et du bon fonctionnement des dispositifs de vidéoprotection". Les industriels devront "exercer une vigilance particulière au cours des jours et nuits à venir pour renforcer leurs dispositifs de sécurité et de surveillance internes", ordonne Bernard Cazeneuve, qui exige le renforcement des rondes et patrouilles aux abords des sites par les forces de l’ordre.

Mais ces consignes de sécurité se heurtent à l’étendue des sites à protéger. "On ne peut pas mettre des policiers devant tous les sites à risque. Quant à la vidéosurveillance, il faut voir l’étendue de certains sites qui peuvent s’étendre sur 200 hectares", explique Mme Arditi. "Même avec une caméra tous les cinquante mètres, si un type a décidé de passer, il sera difficile de l’en empêcher."

En France, on compte 1 171 installations classées Seveso car comportant des risques d’accidents importants. Ces sites sont les plus réglementés qui existent en matière de sécurité. "Depuis Vigipirate, un certain nombre de mesures ont été renforcées pour assurer une plus grande sûreté en amont sur les sites industriels, pour s’assurer par exemple que n’importe qui n’a pas accès au site", a ajouté M. Prudhon. Toutefois, selon lui, les exploitants des sites ne peuvent pas tout connaître des personnes habilitées à entrer. "La loi ne le permet pas. Le casier judiciaire, la nationalité, ça ne se demande pas."

De plus, la dernière version de la directive Seveso, entrée en vigueur en juin, créant de nouvelles obligations en matière d’information au public, suscite l’inquiétude des industriels. "On a demandé de la transparence, de tout mettre sur Internet. Mais il va falloir se poser la question de la pertinence de l’exigence de transparence, compte tenu des derniers événements", estime M. Prudhon.

Pour France Nature Environnement, la "question de la sous-traitance pose également problème". "Il y a sur ces sites énormément de travaux qui génèrent beaucoup d’allers et venues avec énormément de sous-traitants" et les "contrôles s’avèrent souvent difficiles".


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