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Le calvaire des demandeurs de passeport Obtenir un passeport en Haïti est comme monter le calvaire

mardi 19 janvier 2016 par Sterlin Charles

. Après avoir fait la queue sous le soleil, s’être bousculés pour remettre leurs dossiers, les demandeurs de passeport peuvent passer des mois avant de recevoir leur document même en cas d’extrême urgence. Des agences de voyages dénoncent les rackets organisés par des cadres du service de l’immigration pour offrir leurs services au plus offrant.

Marie-Ange ne peut cacher sa colère en traversant la porte de sortie du service de l’immigration et de l’émigration. « Je suis malade, je veux partir me soigner à l’étranger, on refuse de me livrer mon passeport », crache la dame d’une cinquantaine d’années, dont le visage ne peut cacher son indignation. Elle a fait le dépôt de ses pièces depuis septembre 2015. Rendez-vous dans trois mois pour récupérer son livret alors qu’elle doit partir de toute urgence. Le premier rendez-vous fixé le 2 décembre ne sera pas respecté. « Je me suis présentée, on m’a fait savoir que le passeport n’était pas encore prêt, a confié Marie, qui peine à se tenir debout. De retour aujourd’hui le 15 janvier 2016, le document n’est toujours pas prêt, je ne sais plus à quel saint me vouer ». Elle quitte les lieux, bredouille sans savoir quand elle va pouvoir récupérer son passeport. Marie Ange n’est pas la seule dans cette situation. Obtenir un passeport en Haïti est devenu aujourd’hui un vrai casse-tête chinois pour le simple citoyen, alors que des agences de voyages spécialisées sont boycottées au profit d’autres ayant des connections au sein de la boîte dirigée par Claude Raymond Junior. Pour reprendre un cadre d’une agence de voyages qui s’est confié au Nouvelliste, se faire délivrer un passeport devient une affaire d’Etat, comme au temps où l’on devait avoir une autorisation spéciale pour avoir ses documents de voyage. De longues files d’attente se forment dès les premières heures de la journée devant le bâtiment du service de l’immigration et de l’émigration à Lalue. Hommes et femmes, dans une grande cohue, se pressent pour franchir la petite barrière qui donne accès à l’enceinte. Alors que tout le monde se bat, des policiers en uniforme ou autres dignitaires, accompagnés de leurs proches, franchissent aisément l’autre porte réservée normalement à la sortie. Joseph Pierre-Louis patiente désespérément sous le soleil de midi. Il est à son huitième rendez-vous en un mois. Il repart une fois de plus ce vendredi sans le précieux sésame. « A chaque rendez-vous, on me dit que ce n’est pas encore prêt, je suis à mon huitième voyage ici et j’ai grand besoin de mon passeport », a confié Joseph Pierre Louis, debout, en sueur devant les locaux du service. Même les agences de voyages qui, généralement, travaillent en collaboration avec le service de l’immiration et de l’émigration ne sont pas à l’abri des tracasseries administratives. Certaines, comme l’Agence Citadelle, ont arrêté d’offrir ce type de service à leurs clients. « Nous avons dû arrêter parce que cela devient de plus en plus compliqué d’avoir les passeports à temps pour nos clients », a déclaré au Nouvelliste Pierre Chauvet, responsable de l’Agence Citadelle. D’autres agences ont décidé de suivre la décision de l’Agence Citadelle. Un représentant d’une agence de voyages accrédité au service de l’immigration et de l’émigration explique au Nouvelliste les dessous du fonctionnement des réseaux de racketteurs qui contrôlent cette institution censée être au service du public. « Il nous arrive de payer jusqu’à deux mille cinq cent gourdes pour avoir un passeport en extrême urgence. Après avoir payé pour l’extrême urgence, on peut attendre jusqu’à 5 mois pour récupérer le passeport qu’on est censé recevoir dans un mois au plus », a confié l’agent, qui requiert l’anonymat. « Pourtant, on peut recevoir le livret dans 3 ou 4 jours, à condition de graisser la patte à un agent du service », a-t-il poursuivi. « Il s’agit d’un vrai réseau de racketteurs qui travaille au bénéfice de cadres supérieurs du service. Tous ceux qui refusent d’emprunter cette voie informelle sont pénalisés et peuvent passer des mois avant de recevoir leur passeport, a expliqué cet agent de voyages qui connaît bien le fonctionnement de la boîte. La direction a bien les moyens pour livrer les passeports en quelques jours, mais on les retient pour faire du marchandage. » Ce n’est pas la première fois que l’on déplore cette situation depuis l’arrivée de Claude Raymond Junior à la tête de l’une des institutions publiques ayant fait le plus de progrès entre 2004 et 2010. Tantôt on parle de rupture de stock de livrets, tantôt c’est le service qui ne fonctionne pas. Il y a seulement quelques mois, les autorités ont déclaré disposer d’assez de livrets pour servir tous les demandeurs. Ce qui n’empêche que ce qui devrait être une simple formalité est devenu un supplice.
Louis-Joseph Olivier
ljolivier@lenouvelliste.com


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