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Le Hezbollah libanais enterre un de ses « princes », tué par Israël

mardi 20 janvier 2015 par Sterlin Charles

Le visage grave et le poing levé, des milliers de chiites libanais ont participé, lundi 19 janvier, dans la banlieue sud de Beyrouth, aux funérailles de Jihad Moughniyeh, un « prince » du Hezbollah

. Tué la veille dans un raid israélien en Syrie, le jeune homme de 25 ans était le fils d’Emad Moughniyeh, le cerveau des opérations militaires du Hezbollah, assassiné en 2008 à Damas dans un attentat à la voiture piégée imputé à l’Etat juif.

L’attaque qui s’est produite sur le plateau du Golan, une zone stratégique, au carrefour du Liban, de la Syrie et d’Israël, a causé la mort de cinq autres combattants chiites libanais et de six militaires iraniens. Le jeune « martyr » a été enterré dans le grand cimetière de Dahyé, l’immense quartier chiite qui s’étire indéfiniment au sud de la capitale libanaise.

« Nous poursuivrons le chemin »

Tandis que les hommes se frappent le torse en cadence en chantant les louanges de Hussein, l’imam fondateur du chiisme, des femmes, juchées sur les balcons environnants, jettent des poignées de riz sur le cortège, tout en le filmant avec un smartphone ou d’une tablette. A intervalles réguliers, des miliciens en treillis défaillent sous le poids du chagrin, comme le veulent les rites de pénitence chiite. Ceux qui s’évanouissent complètement sont aussitôt évacués vers l’arrière du défilé. Les autres reprennent leurs esprits sur le trottoir en s’aspergeant le visage d’eau.

« Je suis venu exprimer ma peine pour la perte de Jihad Moughniyeh, qui a marché dans les pas de son père, témoigne Jad, un étudiant en informatique, à l’unisson de ses compagnons de deuil. Nous sommes fiers de lui. Nous poursuivrons tous le chemin tracé par Hussein. »

Enveloppé d’un halo de mystère et de toute-puissance, Emad Moughniyeh a longtemps déjoué la traque d’Israël et des Etats-Unis. Les deux alliés lui attribuent une longue série d’exploits terroristes, à commencer par les attentats dévastateurs de 1983, à Beyrouth, contre l’ambassade américaine (63 morts) et contre le quartier général des contingents américains et français de l’ONU (près de 300 morts).

Dans la lignée de son père, Jihad Moughniyeh jouissait d’un statut à part au sein du Hezbollah. Diplômé de l’Université américaine de Beyrouth, pépinière de l’élite libanaise, proche de Hassan Nasrallah, le chef du mouvement, il avait rapidement grimpé les échelons de sa branche militaire. Selon certaines sources, il dirigeait les unités du Hezbollah déployées sur le plateau du Golan, dans l’extrémité sud-ouest de la Syrie, dans le cadre de la lutte contre les rebelles anti-Assad. C’est là que le jeune héritier a été fauché par un missile israélien, tiré par hélicoptère.

« L’axe de la résistance »

L’attaque s’est produite dans la province de Quneitra, non loin de la ligne de démarcation avec l’autre partie du Golan, occupée par l’Etat juif depuis 1967. La zone est le théâtre de violents combats entre les groupes insurgés, notamment le Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaida, et les forces loyalistes. Ces affrontements débordent à intervalles réguliers du côté israélien du Golan, occasionnant quelques échanges de tirs avec les troupes qui y sont stationnées.

Outre Jihad Moughniyeh, la frappe israélienne a tué le commandant Mohamed Issa, 42 ans, l’un des responsables du dossier syrien au sein du Hezbollah, ainsi que le général iranien Mohamed Allahdadi, un membre des Gardiens de la révolution, l’unité d’élite de la République islamique. Selon Téhéran, le général officiait comme conseiller auprès de l’armée syrienne. Ces pertes, infligées qui plus est par « l’ennemi sioniste », portent un coup très dur à « l’axe de la résistance » qui regroupe l’Iran, la Syrie et le Hezbollah.

Des deux côtés de la frontière néanmoins, les analystes tendent à penser que le Hezbollah devrait s’abstenir de répliquer immédiatement à l’opération de son ennemi juré, du moins depuis le Liban. Non seulement parce que le mouvement est focalisé pour l’instant sur le front syrien, où ses forces se heurtent à une résistance opiniâtre. Mais aussi parce qu’en l’attaquant en territoire syrien, où sa présence n’est pas du goût de tous les Libanais, Israël le prive de la capacité à brandir l’argument de la défense du territoire national. « Nous ne sommes pas affaiblis du tout, les martyrs nous renforcent, assure le cheikh Hassan Salman, un religieux venu de Tyr pour l’enterrement. Nos militants sont confiants, ils savent que la réponse viendra en temps voulu. Cela ne sert à rien de se précipiter. »

image : http://s1.lemde.fr/medias/web/img/bg/vide.png

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