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Le ministère de la Défense assiégé par ses soldats

mardi 10 mai 2016 par Sterlin Charles

L’accès aux locaux de ce ministère a été interdit aux employés ce lundi. Des soldats du corps du génie, formés en Équateur, ont verrouillé la barrière principale de cette institution pour exiger « leur utilisation dans la sécurisation du pays ».

Plusieurs dizaines de soldats (armés) du corps du génie militaire (CORGE) ont été remarqués ce lundi dans les parages du ministère de la Défense à Pacot. Fait inhabituel, ces soldats, sur le qui-vive, ont interdit l’accès du bâtiment aux employés de l’institution. Énex Jean-Charles, Premier ministre et ministre de la Défense, qui voulait se rendre audit ministère, n’a pas été l’exception à cette règle imposée par ces soldats révulsés. Selon le porte-parole du groupe, Bastien Junior Donnaxaint, cette action de ses pairs n’est que l’expression d’un ras-le-bol. Car, avance-t-il, trop de fois les promesses des autorités compétentes pour mobiliser ses pairs sont renvoyées aux calendes grecques.

« Nous sommes formés pour servir le pays. Depuis 4 ans, nous menons des démarches auprès du ministère de la Défense pour que nous soyons intégrés dans le système. Rien de concret ne sort de ces rencontres », déplore-t-il, en treillis militaire, portant un badge du ministère de la Défense lui conférant un statut de soldat.

Formés en Équateur, les protestataires indiquent qu’ils ont suivi des cours de génie militaire et d’infanterie. Cela dit, avancent-ils, ils peuvent intervenir lors des catastrophes naturelles et peuvent également servir dans la sécurisation des frontières terrestres, maritimes et aériennes. « On nous avait promis de nous placer sur la frontière haïtiano-dominicaine, en partenariat avec une firme israélienne. Aucune suite n’a été donnée à cette option. Nous sommes formés pour servir le pays, de n’importe quelle manière. Mais on ne sera plus jamais civils, on est militaires », crache l’un d’entre eux, visiblement remonté.

Le colonel Jean Thomas Cyprien est dans la ligne de mire de ces soldats, formés sous l’administration de Michel Joseph Martelly et mobilisés selon un décret signé par ce dernier le 9 octobre 2015. L’actuel D.G. du ministère est accusé de faire traîner le dossier du CORGE. Il aurait dit, lors d’une discussion avec les soldats, que le corps du génie n’existe pas et que le ministère ne peut assurer leur prise en charge.

Remarqué dans les parages, le colonel n’a pas souhaité réagir. « Je ne peux pas parler. J’observe la situation qui est très volatile. Il y a des démarches qui sont entreprises. La crise peut être dénouée à tout moment. J’interviendrai au moment opportun », a-t-il fait savoir, visiblement hors de lui.

Le journal a appris qu’en début d’après-midi, plusieurs unités de la PNH ont été déployées aux abords du bâtiment. Des témoins rapportent que ces policiers ont rebroussé chemin devant l’intransigeance des soldats qui ont finalement discuté avec une délégation de la PNH. Au terme des discussions, les protestataires et les émissaires ont convenu de suspendre le mouvement jusqu’à lundi en attendant qu’une solution soit proposée.

En guise de rappel, en Conseil des ministres le 9 octobre, le chef de l’État et le gouvernement Évans Paul ont adopté le « décret portant organisation et fonctionnement du ministère de la Défense » qui remobilise officiellement les Forces armées d’Haïti, démobilisées en 1994. Pour remplir sa mission, le ministère de la Défense dispose de structures organisées, dont les Forces armées d’Haïti, prévues en l’article 5 du décret, peut-on lire dans Le Moniteur # 205 du 26 octobre 2015. L’article 65 indique que « les Forces armées d’Haïti sont chargées de la défense et de l’intégrité du territoire de la République ». « Les forces armées d’Haïti sont régies par les articles 264, 264-1, 264-2, 264-3, 265, 265-1,267, 267-1, 267-2, 267-3, 267-4, 267-5, 268 et 268-3 de la Constitution de 1987 amendée, par la loi constitutionnelle du 9 mai 2011 », selon l’article 66 de ce décret qui « abroge toutes lois ou dispositions de lois, tous décrets ou dispositions de décrets, tous décrets-lois ou dispositions de décrets-lois qui lui sont contraires et sera exécuté à la diligence du ministre de la Défense ».

Pour remplir sa mission, le décret prévoit la création de plusieurs services et directions. Outre la direction de génie militaire, de défense civile, il est prévu dans le décret la direction des opérations spéciales. Conformément à l’article 41, cette direction doit « s’informer sur tous les cas d’agression ou d’attaque provenant tant de l’intérieur que de l’extérieur, de les analyser afin d’évaluer les risques de succès et d’échec, d’incidents diplomatiques dans l’éventualité d’une intervention préventive ou répressive des forces d’opération spéciales ». Le ministre de la Défense, entre autres attributions, a la responsabilité d’entretenir les infrastructures militaires.

Pour l’heure, ce ministère est le réceptacle de vieux soldats, nostalgiques des beaux jours de la FAD’H. Selon ce qu’a constaté Le Nouvelliste, ces vétérans, quoique dépourvus de leurs armes, continuent de faire usage des disciplines militaires et des échelons de commandement. « Sans casquette, sans bottes, les frères d’armes du ministère de la Défense échangent le salut militaire, signe de respect, de fraternité et aussi de subordination », a observé un rédacteur du journal.

La remobilisation des FAD’H est une promesse de campagne et un projet sur lequel Michel Martelly a travaillé des années durant pour que le pays ait les moyens d’assurer la défense, la sûreté du territoire. Pour la formation des premiers éléments -soldats et officiers- de cette armée, Michel Martelly s’est tourné vers des amis sud-américains comme l’Équateur.

AUTEUR

Jean Daniel Sénat

jdsenat@lenouvelliste.com
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