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Les Kurdes irakiens lancent la bataille de Sinjar contre l’EI

jeudi 12 novembre 2015 par Sterlin Charles

Les forces kurdes irakiennes, soutenues par les frappes de la coalition internationale, ont avancé jeudi face au groupe Etat islamique (EI) en bloquant un axe stratégique vers la Syrie près de la ville de Sinjar qu’elles veulent reprendre aux jihadistes.

Couper cette route qui permet à l’EI de faire circuler matériel et hommes entre l’Irak et la Syrie constituerait un coup majeur porté à l’EI qui sévit dans ces deux pays.

La reprise de Sinjar, où les jihadistes se sont livrés en août 2014 à de multiples exactions contre sa population yazidie, des kurdophones, représenterait également une importante victoire symbolique.

"L’attaque a commencé à 07H00 et les peshmergas ont avancé sur plusieurs axes pour libérer le centre du district de Sinjar", a déclaré le général kurde Ezzedine Saadoun à l’AFP.

Ils ont réussi à prendre position le long de la route 47 et commencé à avancer à Sinjar, a précisé la coalition menée par les Etats-Unis.

Des colonnes de fumée se sont élevées au dessus de la ville et de ses environs après les bombardements des forces kurdes et des frappes de la coalition, selon un journaliste de l’AFP sur place.

La coalition a annoncé avoir mené mercredi 24 frappes dans le secteur de Sinjar et huit de l’autre côté de la frontière, dans la région syrienne d’Al-Hol.

- ’Etape cruciale’ -

Jusqu’à 7.500 combattants kurdes doivent prendre part à l’opération destinée à reprendre Sinjar et à "établir une zone tampon pour protéger (la ville) et ses habitants", a indiqué le Conseil de sécurité de la région autonome du Kurdistan (KRSC). "Les avions de la coalition fourniront un soutien aérien étroit aux peshmergas".

Des conseillers militaires américains "sont sur la montagne de Sinjar pour aider" les peshmergas "à sélectionner les cibles pour les frappes aériennes", a indiqué le porte-parole du Pentagone Peter Cook.

Un officier des renseignements militaires américains, le capitaine Chance McCraw, a estimé à Bagdad que les peshmergas allaient affronter 300 à 400 jihadistes et faire face aux nombreux engins piégés posés à travers la ville.

Plusieurs véhicules bourrés d’explosifs ont été pris pour cible par des raids de la coalition, tandis que les peshmergas ont détruit un autre à l’aide d’un missile antichar MILAN, a indiqué le KRSC.

Sinjar se trouve sur une route stratégique reliant Mossoul (nord), le fief de l’EI en Irak, et les territoires contrôlés par ce groupe en Syrie.

"En prenant Sinjar, nous serons en mesure de couper cette ligne de communication ce qui, nous croyons, affectera la capacité (de l’EI) à se ré-approvisionner", a déclaré le colonel américain Steve Warren, porte-parole de la coalition. Et cela représentera "une première étape cruciale dans l’éventuelle libération de Mossoul" ;

L’EI s’est emparé depuis 2014 de larges pans de territoires au nord et à l’ouest de Bagdad, mettant en déroute les forces gouvernementales qui, fortes de l’appui de la coalition, tentent aujourd’hui de reprendre le dessus.

- L’EI ’paralysé’ -

Cette offensive intervient par ailleurs au moment où l’EI est sous pression en Syrie, où la Russie a lancé des raids aériens en soutien au président Bachar al-Assad.

L’opération "paralyse l’ennemi" qui "doit prendre maintenant des décisions très difficiles" sur les fronts qu’il doit renforcer, a estimé Steve Warren.

Lors de son offensive en août 2014 sur Sinjar, l’EI avait exécuté de nombreux yazidis. Des centaines de femmes yazidies avaient été vendues aux jihadistes ou réduites à l’état d’esclave sexuelle, selon Amnesty International. L’ONU avait dénoncé "une tentative de génocide".

Des dizaines de milliers de Yazidis s’étaient réfugiés sur les Monts Sinjar, où ils étaient pendant des semaines sans eau, ni nourriture et par des températures très élevées. Du haut de la montagne, certains ont suivi le déroulement des combats jeudi.

"Je suis venu avec deux de mes enfants regarder la bataille", a expliqué Burjis Saleh, 60 ans, qui vit dans un camp de déplacés.

"Je suis très heureux car la bataille pour la libération a débuté et nous allons retourner dans notre ville", a ajouté Qassem Khudaida, un homme de 34 ans qui avait été blessé après s’être porté volontaire pour combattre l’EI.

Ailleurs dans le pays, sept personnes ont été tuées dans des heurts entre combattants kurdes et chiites à Touz Khourmatou (160 km au nord de Bagdad), selon des responsables locaux. Ces violences menacent d’en déclencher d’autres dans les provinces où opèrent ces deux forces, les plus efficaces en Irak dans la lutte anti-EI.


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