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Martelly joue son va-tout

vendredi 22 janvier 2016 par Sterlin Charles

C’est un président Martelly fatigué et quelque peu énervé qui est apparu jeudi à la rubrique Le Point sur Télé et Radio Métropole pour reconfirmer que la date du 24 janvier est maintenue pour l’organisation du second tour des élections présidentielle et législatives partielles. Il fait ainsi peu de cas à la position des secteurs politique, économique et social appelant au report de ces élections. Aux côtés du Premier ministre et du ministre chargé des questions électorales, le chef de l’État n’écarte pas la possibilité que cette date soit reportée au cas où une proposition plus convaincante lui soit présentée. Le chef du gouvernement a entre-temps annoncé que les manifestations sont interdites pour dimanche et déclaré que les observateurs ne sont pas obligatoires. -

« On est fin prêt pour les élections de ce dimanche », a d’entrée de jeu lâché le chef de l’Etat. Jusqu’à mercredi soir, Michel Martelly confie avoir eu une rencontre sur la question de la sécurité des élections avec la participation du Premier ministre, des ministres de la Justice et de la Sécurité publique et de l’Intérieur, du DG de la PNH, des représentants de la Minustah, du président du Conseil électoral provisoire ainsi que son directeur exécutif. Alors que des voix continuent de s’élever contre la tenue des élections le 24 janvier prochain, le président de la République s’exprime catégoriquement pour. « On ne devait pas avoir à reporter les élections en laissant à une personne de prendre le pays en otage », a déclaré Michel Martelly estimant que cela constitue un gaspillage à la fois en termes de temps et de ressources financières. Insistant sur ses efforts qui n’ont pas pu aboutir à la formation d’un Conseil électoral permanent, Michel Martelly assimile les nombreuses critiques contre le CEP à un « vaste complot » visant à le déstabiliser. Ceci date de plus de deux ans, ajoute le chef de l’État, signalant que l’exécutif n’a aucun représentant à l’institution électorale. Il accuse « beaucoup d’institutions » de faire partie de ce complot. Contrairement à ce que soutiennent de nombreux acteurs politiques et de la société civile, « toutes les recommandations sans exception de la CEEI ont été prises en compte par le Conseil électoral provisoire », explique Michel Joseph Martelly rappelant que la Commission d’évaluation électorale indépendante a été formée dans le principal but de détecter les fraudes dénoncées par l’opposition. Michel Martelly critique les gens de l’opposition qui, selon lui, cherchent à chaque fois de nouveaux prétextes en vue de boycotter le processus électoral. Aujourd’hui, personne ne parle de fraudes, fait-il remarquer. Le locataire du palais est convaincu qu’il n’y a pas eu de fraudes. « Nous n’avons pas fraudé », laisse-t-il entendre. Pour lui, la CEEI n’avait relevé que des irrégularités. Celles-ci sont liées à un manque de formation des membres de bureaux de vote que les partis politiques avaient eux-mêmes désignés, avance Michel Martelly en guise d’explication se ventant d’être de bonne foi. Pour le président de la République, toutes les accusations de fraudes au profit de Jovenel Moïse et d’autres candidats du PHTK lors des élections du 25 octobre ne sont pas fondées. « Tout est mensonge », a-t-il déclaré. Selon lui, le parti au pouvoir ne tente pas ni n’a pas tenté de voler les élections. Nous avons vu par le passé les partis qui ont volé les élections, se défend-il sans révéler le nom du parti. « Il y a eu élection une fois, un parti avait raflé 82 postes de députés sur 83 si je ne me trompe », rappelle Michel Joseph Martelly. Pour montrer la différence, il fait remarquer que sur vingt candidats présentés aux élections sénatoriales, seuls deux sont élus jusqu’à présent. « Sur les quatre-vingt douze députés élus à la Chambre basse, le PHTK compte seulement vingt cinq », souligne M. Martelly . « Je pense qu’on aurait dû en avoir beaucoup plus. Je pense qu’on en a eu beaucoup plus », rechigne Michel Martelly enfilant son costume de victime. « Nous n’avons rien dit parce que nous ne voulions pas tout avoir pour que ça ne ressemble pas à des fraudes », a-t-il lâché cependant. Croyant dur comme fer que les élections du 25 octobre se sont bien déroulées et saluées par de nombreux observateurs nationaux et internationaux, il reproche à certains acteurs qui avaient commencé à « créer une fausse perception » au moment qu’ils se sont rendu compte qu’ils ont perdu. Le chef de l’État accuse les dénonciateurs qui, selon lui, ne sont pas en mesure d’avancer les preuves de ces accusations, qui veulent faire passer le temps. Ce qui, dit-il, va nous conduire dans une situation confuse après le 7 février, non prévue dans la Constitution. N’ayant pas la capacité de prendre le pouvoir à travers les élections, ils souhaitent y arriver à leur manière, laisse entendre Michel Martelly qui serait malgré tout encore prêt à faire preuve de flexibilité. « Nous maintenons le dimanche 24. Toutes les dispositions sont prises mais s’il y avait la bonne foi et la bonne volonté de tous pour apporter une solution à la table, on l’aurait déjà reportée », nuance toutefois Michel Martelly qui rappelle avoir déjà pris des décisions pareilles en ce qui a trait au 27 décembre et au 17 janvier dernier. Il confirme que des discussions sont entreprises avec plusieurs acteurs ces derniers jours à ce sujet. Tout ce qu’il attend, c’est que ses interlocuteurs viennent avec des propositions qui soient en mesure de le convaincre. Pas de manifestation dimanche Alors que l’opposition prévoit de manifester dans les rues de la capitale dimanche, le Premier ministre annonce que cette activité ne sera pas possible. « Il est impossible qu’au même moment que le peuple est appelé à voter qu’il y ait d’autres formes de manifestations », a affirmé Évans Paul signalant au passage que les activités précarnavalesques seront également interdites pour ce dimanche. Selon le chef du gouvernement, les élections doivent se dérouler dans la sérénité. La loi ne permettra pas qu’il y ait des manifestations à partir de vendredi soir à minuit, martèle le Premier ministre qui reconnaît cependant le droit des citoyens d’exprimer librement leurs revendications à travers des manifestations. Le Premier ministre confie que, dans le cadre des discussions sur la crise électorale, l’exécutif a déjà rencontré Jude Célestin ainsi que son équipe qui n’entendent pas participer aux élections de dimanche prochain. Il regrette que ces efforts en vue d’éviter qu’il y ait des élections avec « yon sèl grenn soulye » se soient révélés jusqu’à présent infructueux et place ceux qui sont contre l’organisation des élections dans la catégorie des partisans du « chaos ». Déterminé à tenir la date du 24 janvier pour l’organisation du second tour des élections si aucune autre solution « viable n’est trouvée entre-temps, le Premier ministre pense qu’ on ne peut pas rendre Jovenel Moïse, qui seul mène campagne, responsable s’il y a des réticences pour quelle que soit la raison de la part de Jude Célestin ». Les observateurs ne sont pas obligatoires A cette date, près d’une dizaine d’organisations d’observation électorale ont décliné l’invitation du CEP à observer les élections du dimanche. Le Premier ministre haïtien n’y voit cependant aucun problème. « L’observation est nécessaire mais pas obligatoire », selon Évans Paul. Pour sa part, le ministre chargé de la question des élections Fritz Jean Louis pense que « l’observation avant tout est une action citoyenne et ne peut pas être politique ». Estimant que la nécessité qu’il y ait des observateurs dans les centres de vote est beaucoup plus grande compte tenu des inquiétudes, le ministre attire l’attention sur ces organismes sur le fait qu’ils sauront mesurer leurs commentaires après les élections puisqu’ils n’auront pas été présents dans les centres de vote.
Danio Darius


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