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Mort de Yasser Arafat : le parquet requiert un non-lieu

mardi 21 juillet 2015 par Sterlin Charles

L’ancien chef palestinien Yasser Arafat est mort le 11 novembre 2004 à 75 ans, à l’hôpital militaire Percy de Clamart, près de Paris.
AFP

Maladie, assassinat... Comment est mort Yasser Arafat ? Alors que les causes du décès en 2004 du chef palestinien restent inexpliquées, les juges français chargés d’une enquête pour « assassinat » pourraient bientôt rendre un non-lieu, après des réquisitions en ce sens mardi du parquet de Nanterre. Le parquet a annoncé à l’AFP qu’il avait rendu un « réquisitoire définitif aux fins de non-lieu » dans ce dossier où aucune mise en examen n’a été prononcée. Les causes de la mort du président de l’Autorité palestinienne, mort le 11 novembre 2004 à 75 ans à l’hôpital militaire Percy de Clamart, près de Paris, après une brusque détérioration de son état de santé, n’ont jamais été élucidées.

Trois juges de Nanterre sont saisis d’une enquête pour « assassinat » depuis août 2012, après une plainte contre X déposée par la veuve de Yasser Arafat, Souha Arafat, à la suite de la découverte de polonium 210 sur des effets personnels de son mari. C’est avec cette substance radioactive hautement toxique que l’ex-agent russe Alexandre Litvinenko avait été tué en 2006 à Londres. La tombe d’Arafat avait été ouverte en novembre 2012 et une soixantaine d’échantillons prélevés sur sa dépouille puis répartis pour analyse entre trois équipes d’experts suisses, français et russes.

Les experts mandatés par les juges français ont à deux reprises écarté la thèse de l’empoisonnement, estimant que la présence d’un gaz radioactif naturel, le radon, dans l’environnement extérieur expliquerait les fortes quantités de polonium enregistrées dans sa sépulture et sur les échantillons prélevés lors de l’exhumation. Dans leurs expertises complémentaires, les Français avaient réexploité des données brutes issues de l’analyse en 2004 par le service de protection radiologique des armées d’échantillons d’urine prélevés sur Yasser Arafat lors de son hospitalisation. Ils n’y ont pas trouvé de polonium 210, ce qui infirme « l’hypothèse d’une ingestion aiguë dans les jours précédant l’apparition des symptômes que présentait Yasser Arafat », avait indiqué le parquet en mars. Des experts suisses sollicités par la veuve avaient au contraire jugé la thèse de l’empoisonnement « plus cohérente » avec leurs résultats.

« Chronique d’un non-lieu annoncé »

« Il y a bien longtemps que nous n’avons plus confiance ni dans les juges d’instruction ni dans le parquet de Nanterre », ont réagi les avocats de Mme Arafat, Me Francis Szpiner et Renaud Semerdjian, mettant en cause leur « impartialité » et dénonçant la « chronique d’un non-lieu annoncé ». Dans le livre L’Affaire Arafat du journaliste Emmanuel Faux (novembre 2014, L’Archipel), « l’un des juges d’instruction, Jacques Gazeaux, avait dit que l’affaire se terminerait par un non-lieu. Les experts français sont allés dans ce sens », poursuivent-ils, menaçant de « déposer une plainte contre le magistrat pour violation du secret de l’instruction ». « Nous ferons appel de ce non-lieu qui s’annonce », préviennent-ils. « Personne n’est encore aujourd’hui en mesure de dire de quoi est mort Yasser Arafat. Les médecins disent qu’il a succombé à une hémorragie cérébrale ayant pour cause une infection digestive d’origine virale ou bactérienne. Ça n’exclut pas un empoisonnement par autre chose que du polonium », plaident-ils.

Les deux conseils avaient demandé fin mai une quinzaine d’actes supplémentaire, tous refusés. Ils réclamaient notamment une « nouvelle expertise par un collège international », et que soient entendus « un certain nombre de médecins » de l’hôpital de Clamart, pour expliquer l’apparition « mystérieuse » de résultats d’analyses d’un échantillon d’urine qui ne figurait pas au dossier, transmis à la justice sans que la veuve en soit avisée. Les expertises françaises rendues en mars s’appuyaient sur cet échantillon pour maintenir que le polonium avait une origine environnementale alors qu’il n’avait, selon les avocats, « pas d’existence procédurale ». Ils envisagent d’ailleurs de déposer une requête en nullité concernant ces analyses.

Nombre de Palestiniens soupçonnent Israël, qui a toujours nié, d’avoir empoisonné Yasser Arafat avec des complicités dans son entourage. En novembre 2013, Shimon Peres, alors président israélien, avait affirmé qu’« il aurait été plus facile » de l’assassiner par balle.


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