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Nucléaire iranien : l’accord qui fait mal en Israël

vendredi 3 avril 2015 par Sterlin Charles

La plupart des éditorialistes s’alarment de voir les "mensonges" de Téhéran récompensés. Mais certains pointent du doigt l’intransigeance de Netanyahu.

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De notre correspondante à Jérusalem, Danièle Kriegel

Fait très inhabituel, quelques heures avant le début de Pessah, la Pâque juive, Benjamin Netanyahu a réuni, à Jérusalem, son cabinet de sécurité. Tous les ministres sont tombés d’accord pour condamner l’accord-cadre conclu à Lausanne, qui, selon le communiqué officiel, "représente un grave danger pour la région, le monde, et menace la survie même de l’État d’Israël. Aucune installation nucléaire iranienne ne sera fermée. Aucune centrifugeuse ne sera détruite en Iran où pourra se poursuivre la recherche sur des centrifugeuses encore plus avancées. Au lieu de bloquer le programme nucléaire iranien, l’accord permet à Téhéran d’acquérir l’arme atomique". Et le communiqué d’ajouter : "Il y a 48 heures, le commandant des forces de sécurité iraniennes a déclaré : la destruction d’Israël n’est pas négociable. Une chose doit être claire pour tous : la survie d’Israël n’est pas négociable. Nous exigeons que tout accord définitif avec l’Iran inclue une reconnaissance claire et sans ambiguïté du droit d’Israël à exister."

"Le terrorisme récompensé"

C’est aussi le ton de la plupart des médias israéliens. Israel Hayom, le quotidien progouvernemental, pose la question : "Pourquoi commencerions-nous à croire les Iraniens ?" Boaz Bismuth, l’éditorialiste de politique étrangère, conclut : "Obama pense qu’il a fait l’histoire, Le problème est qu’à Téhéran on le pense aussi. Mais, en fait, la leçon à tirer de ce qui est arrivé à Lausanne, c’est que celui qui ment, tue et soutient le terrorisme est récompensé." Il s’agit bien entendu des Iraniens.

Le site Walla diffuse une interview du député Likoud Avi Dichter, un ancien patron du Shin Beth. Il affirme qu’"Israël doit renouveler ses capacités offensives contre l’Iran". Il faut rappeler que, selon diverses sources, y compris Meïr Dagan, l’ancien patron du Mossad, en 2010, monsieur Netanyahu et Ehud Barak, son ministre de la Défense à l’époque, avaient décidé de préparer une opération militaire contre les centres nucléaires en Iran. Le chef d’état-major, le responsable de la sécurité intérieure, Yuval Diskin et Meïr Dagan s’y étaient formellement opposés. Et les préparatifs en vue de ce qui aurait pu déclencher une guerre régionale avaient été annulés. Aujourd’hui, les commentateurs militaires considèrent qu’après l’accord de Lausanne un tel raid ne saurait être d’actualité. En effet, pour qu’il ait lieu, Israël devrait au préalable apporter à la communauté internationale la preuve irréfutable de la duplicité du régime de Téhéran.

En attendant, le Premier ministre israélien va faire jouer ses amis au Congrès américain pour renforcer l’opposition à la politique iranienne de Barack Obama et tenter de faire capoter les pourparlers avec l’Iran. En début de semaine, le président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner, était à Jérusalem, où il a rencontré son ami et allié... Benjamin Netanyahu.

Influer ou torpiller

Mais certains éditorialistes ont la dent dure contre le Premier ministre. Comme dans Haaretz. Le quotidien indépendant estime qu’"après avoir, comme prévu, répondu au président américain en critiquant l’accord, Benjamin Netanyahu ferait bien de revoir l’efficacité de sa stratégie concernant le dossier iranien en se posant notamment les questions suivantes : est-ce que son intifada anti-Obama a renforcé ou diminué les chances de bloquer ce dangereux deal au Congrès ? Va-t-il à présent consacrer les trois mois qui restent jusqu’au 30 juin* à tout faire pour torpiller les discussions ou bien va-t-il tenter d’influer sur ce qui semble, aux yeux d’une majorité de gens, être une affaire conclue ?"

Sur Ynet, le site du Yediot Aharonot - centre droit -, Ron Ben-Yishai, le spécialiste des affaires de défense, va dans le même sens : "Benjamin Netanyahu devrait accepter la branche d’olivier que lui tend Barack Obama et apporter sa contribution pour combler les lacunes qui pourraient se trouver dans l’accord définitif."

* date limite prévue pour conclure les négociations


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