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Conjoncture

Quand le président Privert fait fi de l’accord du 6 février

mardi 1er mars 2016 par Sterlin Charles

En procédant à l’installation de son Premier ministre Fritz Alphonse Jean, le vendredi 26 février dernier, le président provisoire Jocelerme Privert a exprimé, par cet acte, sa volonté de n’accorder aucune importance à l’accord paraphé le 6 février 2016 entre le président sortant, lui et le président de la Chambre des députés. Ni la Constitution amendée, ni l’accord du 6 février n’ont prévu l’installation du Premier ministre avant le vote de confiance des deux Chambres sur sa déclaration de politique générale. En agissant ainsi, le président provisoire entend mettre les deux assemblées législatives devant le fait accompli. En son article 2, dans la troisième partie, l’accord prévoit l’installation du Premier ministre dans ses fonctions, une fois le vote de confiance obtenu dans les deux chambres. Dans cette optique, le président provisoire connaît bien le terrain sur lequel il va entretenir le jeu pour avoir été président du Sénat. Il n’est un secret pour personne que les élections du 9 août et du 25 octobre 2015 étaient entachées de fraudes et d’irrégularités. Les contestations, les manifestations et les recours exercés aux Bureaux du contentieux électoraux départementaux et au Bureau du contentieux électoral national (BCEN) ont contribué à mettre de l’eau au moulin de ces parlementaires issus de ces élections. Le discours du 7 février du président du Sénat d’alors Jocelerme Privert avait reconnu la légitimité de ses collègues des deux chambres nouvellement élus au point de dire que la souveraineté populaire que leur a déléguée les électeurs leur sera retirée lorsque le peuple, à la fin de leur mandat, aura décidé autrement. Pour avoir siégé comme sénateur de mai 2011 au 14 février 2016, le président provisoire sait très bien que le vote de confiance des deux chambres sur la politique générale de son Premier ministre sera le fruit d’intenses négociations avec les groupes politiques qui sont favorables à son Premier ministre ainsi qu’à ceux qui contestent ce choix. En aucun cas, le président Jocelerme Privert ne peut brandir l’épithète de légitimité limitée de ces parlementaires pour ne pas trouver une entente avec les forces politiques au Parlement dans le cadre de l’approbation de la politique générale de son Premier ministre. De Martial Célestin en 1988 à Laurent Lamothe en 2012, la déclaration de politique générale de tous les Premiers ministres a été approuvée sur la base du dialogue et de la concertation avec les groupes politiques au Parlement. Aucun Premier ministre haïtien n’avait échoué dans l’une des deux chambres sur sa déclaration de politique générale. Le choix de Fritz Jean participe-t-il d’une stratégie pour faire passer le temps afin de décaler les 120 jours prévus dans l’accord ? Il est assez difficile de prévoir de quoi demain sera fait si l’on tient compte des signaux lancés par le président conséquemment au non-respect de l’accord conclu le 6 février 2016, qu’il a pris l’engagement de respecter scrupuleusement. Après toutes ces années de crises politiques qui ont mis le pays sur la sellette pour mauvaise gouvernance, Jocelerme Privert, témoin et acteur, va-t-il allonger la liste des criseurs ou s’ériger en homme d’Etat visionnaire capable de créer les voies et moyens pour l’organisation d’élections transparentes pour des lendemains meilleurs ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com
- Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com


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