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Pour Luc Ferry, « les maths ne servent strictement à rien » au quotidien

jeudi 15 février 2018 par Charles Sterlin

Comment expliquer les mathématiques, une des disciplines reines du parcours scolaire, soient une matière mal aimée ? Sur LCI, Luc Ferry a un avis bien tranché et désigne trois causes. Selon lui, alors que le niveau scolaire a baissé, les mathématiques sont devenues une discipline devant permettre la « sélection des élèves », lui ôtant un aspect séduisant et attractif. L’ancien ministre de l’Éducation nationale a également argué que la pédagogie autour des mathématiques était complexe. « Les vrais matheux sont des gens qui ne comprennent pas qu’on ne comprenne pas. Ça les énerve (...) Quand ils voient une équation, c’est comme un musicien qui lit une partition, ça lui chante dans la tête », signale-t-il.
« Dans la vie quotidienne, les maths ne servent strictement à rien », a-t-il lancé sur le plateau d’Audrey Crespo-Mara. « Comme 90 % des Français, je n’ai jamais utilisé, même pas trente secondes, ce que j’ai appris en maths tout au long de ma scolarité », a précisé l’ancien ministre. Avec ces propos, il répond à Cédric Villani qui vient de présenter un rapport pour redonner goût aux mathématiques aux élèves français. Les maths sont devenues une discipline chargée de faire une sélection des élèves » ce qui, selon lui, a retiré à cette matière son côté séduisant et attractif.
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« On n’utilise jamais le raisonnement mathématique »
Pour venir argumenter ses propos, Luc Ferry n’hésite pas à donner des exemples précis. Selon lui, « dans la vie quotidienne, le raisonnement n’est jamais mathématique. On utilise l’argumentation, alors qu’en mathématique on démontre, on n’argumente pas. Ce n’est pas le même type de raisonnement, et on utilise les sciences expérimentales (…) donc la démonstration mathématique n’est pas quelque chose que l’on utilise dans la vie quotidienne ». Mais selon le philosophe, tout cela pourrait changer : « Avec la troisième révolution industrielle et notamment la puissance extraordinaire de l’intelligence artificielle, les mathématiques vont redevenir une discipline utile. On aura besoin d’énormément de datascientists. »
En tant qu’ancien ministre de l’Éducation nationale (2002-2004), il a également été questionné sur la réforme du bac présentée mercredi par Jean-Michel Blanquer. « Je trouve que c’est une bonne réforme », estime Luc Ferry. « Associer le contrôle continue à l’examen final, c’est beaucoup plus juste et plus intelligent », selon lui.
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Contre un changement de nom de la classe de terminale
Cependant, Luc Ferry se monstre hostile à un changement de nom de la classe terminale. En effet, l’actuel ministre de l’Éducation nationale souhaite renommer la dernière année de lycée en « classe de la maturité » comme c’est déjà le cas dans de nombreux pays européens. Mais pour Luc Ferry, le nom « terminale », c’est symbolique. « Ce nom a vraiment du sens. C’est l’idée que quand on termine les études secondaires, on va rentrer dans l’âge adulte, et pour y rentrer, il faut être capable de comparer les opinions sur le marché des opinions pour devenir un vrai citoyen pour par exemple exercer un droit de vote », a-t-il argumenté.


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