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Jacques Julliard : « La langue française, notre patrie commune »

lundi 5 mars 2018 par Charles Sterlin

FIGAROVOX/CHRONIQUE - L’historien et essayiste explique pourquoi notre pays accorde une place éminente à sa langue. IL souligne aussi un paradoxe : de grands écrivains chrétiens se sont imposés au premier rang de la littérature française à mesure que le pays s’éloignait de son héritage chrétien.

J’aime beaucoup le titre, de facture très péguyste, que Jean-Michel Delacomptée a donné à l’essai brillant et stimulant qu’il publie ces jours-ci chez Fayard : Notre langue française.
À la façon dont Péguy titrait « notre jeunesse », « notre patrie », ou encore « la République, notre royaume de France ». Car nous avons tant besoin d’un « nous », au moment où tant de « je » minuscules et suffisants se parent des oripeaux de la modernité. Et ce nous fraternel, ce nous existentiel, qui nous est aussi nécessaire que l’air, le pain et le vin, où le trouver, nous autres Français, ailleurs que dans notre langue et notre littérature ?
Philosophie littéraire
Car notre langue et notre littérature, c’est tout un. Cet ensemble indissociable, que des Trissotins de la modernité, des Turlupins de la pédagogie avaient entrepris de désintégrer à l’École, se confond en réalité avec notre volonté de demeurer un être collectif.
Il m’est arrivé d’être sévère, et même injuste, envers de bons esprits comme Philippe Meirieu ou François Dubet, dont je vois aujourd’hui, si je lis bien entre leurs lignes, qu’ils ont viré leur cuti. Maintenant que le pire est passé,
du moins je l’espère, Blanquer aidant, je réalise que dans le fond je ne leur reprochais qu’une seule chose, à travers les réformes à la noix de notre École, celle d’en avoir expulsé nos écrivains et banni la notion même de littérature, au nom d’une conception purement instrumentaliste du langage. Et si le meilleur remède à la radicalisation n’était pas Fleury-Mérogis mais La Fontaine ?
Car notre littérature est une composante essentielle de la volonté des Français de former une nation, et non de demeurer à l’état d’ensemble inconstitué de peuples désunis. Nous sommes le seul pays au monde où les plus grands philosophes sont d’abord des ...


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