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Se faire soigner à l’étranger : entre leurre et nécessité...

jeudi 22 mars 2018 par Charles Sterlin

Mercredi, en milieu d’après-midi, le sénateur Nawoon Marcellus, victime d’un stroke avec hémorragie au cerveau la veille, a été acheminé en Floride, aux États-Unis, à bord d’un avion médicalisé. Son départ a relancé un vieux débat sur le niveau de nos prestataires de soins de santé en Haïti. La prise en charge du patient, très vite, après l’AVC, compte énormément.

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Si l’on va assez tôt à l’hôpital après le début du stroke, idéalement quinze minutes, une demi-heure, une heure maximum, on peut récupérer beaucoup plus vite. On donne des trombolitiques pour faire fondre les caillots si un vaisseau est bouché », a expliqué Michel Théard, cardiologue, membre du conseil d’administration de l’hôpital du Canapé-Vert et ex-professeur à la Faculté de médecine et de pharmacie de l’UEH.
En ce qui concerne l’AVC avec hémorragie cérébrale, il y a des médicaments pour arrêter le saignement et faire en sorte que le sang circule dans la veine affectée. Si les premiers gestes n’ont pas été faits à temps, partir est un leurre. « Partir est un leurre dans le sens où l’on a passé le délai pour pouvoir être vraiment efficace », a insisté Michel Théard. Si le Dr Michel Théard reconnait que le « niveau de la médecine en Haïti a beaucoup augmenté », il estime cependant que si l’on n’avait pas baissé les bras devant les coûts de fonctionnement des infrastructures médicales, on aurait pu éviter beaucoup de voyages pour des raisons médicales à l’étranger.
Le docteur Marc Edson Augustin, interniste, responsable de l’hôpital St-Luc, constate que dans plus de 90 % des cas d’AVC avec hémorragie cérébrale, les patients n’ont pas les moyens de voyager à l’étranger et l’on ne peut pas faire grand-chose. Il existe la trépanation, une technique consistant à évacuer le sang dans le cerveau du patient. « Ce qui n’est pas faisable en Haïti », a expliqué le Dr Augustin, qui souligne cependant qu’il y a dans le pays des neurochirurgiens qui maitrisent la technique. Maitriser la technique est une chose, réaliser l’opération en est une autre.
Pour le sénateur Nawoon Marcellus, la prise en charge, peu de temps après son stroke, par l’hôpital Bernard Mevs, a été déterminante. « Le patient a pu être stabilisé et transféré. Il a émergé ce matin d’un profond coma, a parlé et reconnu des gens qui sont venus le visiter », a appris le journal d’une source. Les docteurs Bitar, responsables de l’hôpital Bernard Mevs Medishare Project, reconnaissent que pour des cas de pathologie grave, le recours à l’étranger est la meilleure option. Mais avec le temps, l’objectif est de pouvoir soigner tous les types de trauma en Haïti. « Nous voulons faire un hôpital de trauma niveau 1 pour que les gens n’aient plus à partir pour l’étranger », ont expliqué les docteurs Bitar.
Roberson Alphonse

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