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Décès de Linda Brown, symbole de la lutte contre la ségrégation raciale

mardi 27 mars 2018 par Charles Sterlin

Le nom de cette jeune écolière noire est inséparable d’un arrêt de la Cour suprême des Etats-Unis - « Brown vs Board of Education » - qui en 1954 jugea illégale la séparation des élèves noirs et blancs dans les écoles du pays.

Son nom dans les livres d’histoire américains est devenu synonyme de la fin de la ségrégation raciale dans les écoles publiques aux États-Unis. Linda Brown, s’est éteinte dimanche à l’âge de 76 ans, a-t-on appris auprès de sa famille. « Elle est un exemple de la façon dont des écoliers ordinaires ont occupé le devant de la scène pour transformer ce pays », a écrit lundi Sherrilyn Ifill, une responsable de l’organisation antiraciste National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), dans un communiqué annonçant son décès.
« Linda Brown fait partie de ces jeunes gens héroïques qui, avec sa famille, se sont courageusement battus pour mettre fin au symbole ultime de la suprématie blanche - la ségrégation raciale dans les écoles publiques », ajoute la responsable de cette organisation fondée en 1909 pour défendre la cause des Noirs. « Ce n’était facile ni pour elle ni pour sa famille, mais son sacrifice a brisé des barrières ».
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Linda Brown n’avait que neuf ans en 1951, lorsque son père, Oliver Brown, qui résidait à Topeka (Kansas), voulut l’inscrire dans une école proche du domicile familial, réservée aux Blancs. La petite Linda fût refusée au prétexte qu’elle était noire, et l’écolière fût forcée d’aller en classe dans une école noire nettement plus éloignée. À l’époque, la plupart des États du Sud avaient la possibilité de séparer ainsi les élèves noirs et blancs. Le père de Linda Brown décida de contester en justice cette loi du Kansas qui autorisait les villes de plus de 15.000 habitants à établir des écoles séparées.
Cette longue procédure, soutenue et portée par la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), s’est conclue par l’une de ses victoires les plus emblématiques, devenue également une date phare du mouvement des droits civiques : le 17 mai 1954, la Cour suprême des États-Unis jugea à l’unanimité que cette ségrégation scolaire était contraire à la Constitution. Pour Sherrilyn Ifill, l’arrêt connu sous le nom de « Brown vs Board of Education » (Brown contre le Bureau de l’éducation de Topeka), fut la « décision de la Cour suprême la plus importante du XXe siècle ».
« Un impact incroyable »
Mais cette décision de justice « n’a pas abattu instantanément ni sans douleur les murs qui divisaient tant notre pays », avait noté en 2014 le ministre américain de la Justice, Eric Holder. En 1957, le président Dwight Eisenhower avait dû envoyer l’armée au lycée central de Little Rock, dans l’Arkansas, pour permettre à des élèves noirs d’intégrer l’établissement. Pour contrecarrer la ségrégation de fait qui a perduré longtemps après, fut instaurée une politique de transport des élèves dans des écoles d’autres quartiers (connue sous le nom de « busing »), contestée même vingt ans après l’arrêt Brown.
Le gouverneur du Kansas Jeff Colyer a estimé sur Twitter que « la vie de Linda Brown nous rappelle que parfois ce sont les personnes les plus inattendues qui peuvent avoir un impact incroyable et qu’en servant notre communauté nous pouvons réellement changer le monde ». Linda Brown était par la suite devenue enseignante et donnait des cours de piano, tout en travaillant avec sa sœur à la Brown Foundation, fondée en 1988 pour poursuivre la lutte contre les ségrégations. Elle a également « parcouru le pays avec d’autres membres de sa famille pour donner des conférences sur l’histoire de ce jalon important des droits civiques », rapporte Cheryl Brown Henderson, précisant que sa sœur laisse derrière elle un fils et une fille.
« L’arrêt Brown a fait de l’Amérique un rayon d’espoir pour le reste du monde, il nous a appris que grâce au droit, nous pouvions mettre fin à un système de caste basé sur la race et oppressif », a réagi pour sa part l’Union américaine pour les libertés civiques (ACLU). « Aujourd’hui nous rendons hommage à Linda Brown et à tous les combats qu’il nous reste à gagner ».


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