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Trump assure que les Américains vont quitter la Syrie « très vite »

vendredi 30 mars 2018 par Charles Sterlin

En annonçant jeudi ce retrait possible des États-Unis, le président américain contredit le discours tenu par l’ensemble de son administration sur le dossier syrien. Un changement de ton qui intervient alors que la Turquie reproche à Washington son soutien aux Kurdes, qu’elle combat dans le nord de la Syrie.
Les derniers propos de Donald Trump ressemblent fort à un changement de braquet de la politique américaine en Syrie. Les Américains vont partir de Syrie « très vite » maintenant que les djihadistes du groupe État islamique (EI) sont en passe d’être totalement vaincus, a en effet déclaré jeudi le locataire de la Maison-Blanche. Si cette annonce de départ est dans le droit fil de sa campagne électorale, marquée par un rejet des interventions extérieures, elle contredit en revanche la ligne diplomatique défendue par l’administration américaine.

« On va quitter la Syrie très vite », « vraiment très bientôt », a dit le président américain à plusieurs reprises au cours d’un discours dans l’Ohio. « Laissons les autres s’occuper de ça maintenant. On va rentrer au pays, chez nous, où nous voulons être », a-t-il insisté, sans donner plus de précisions.
« On va bientôt avoir repris 100% du califat, comme ils l’appellent », a-t-il ajouté au sujet des territoires occupés par l’État islamique en Irak et en Syrie ces dernières années et dont le groupe djihadiste a été chassé, à la fois par les forces irakiennes, le régime de Damas et ses alliés russes et iraniens, ou encore la coalition internationale, menée par les États-Unis et leurs alliés arabo-kurdes.
Contradictions entre Donald Trump et son équipe diplomatique
Ces déclarations du président des États-Unis semblent notamment en contradiction avec ce que disait, mi-janvier, son ex-secrétaire d’État. Dans un discours sur la stratégie américaine en Syrie, Rex Tillerson avait affirmé que l’armée américaine, qui a déployé près de 2.000 hommes sur place, resterait dans ce pays jusqu’à la défaite totale de l’État islamique, mais aussi pour contrer l’influence iranienne et, au bout du compte, aider à chasser le président Bachar el-Assad. « Il est crucial, pour notre intérêt national, de maintenir une présence militaire et diplomatique en Syrie », avait déclaré le chef de la diplomatie américaine, finalement limogé mi-mars par Donald Trump en raison de divergences sur plusieurs dossiers. Il avait appelé à ne pas « faire la même erreur qu’en 2011 », lorsqu’« un départ prématuré d’Irak a permis à al-Qaïda de survivre » dans ce pays avant de muer pour donner vie au groupe État islamique.
Une position que partageaient également son homologue à la Défense, James Mattis, ou son conseiller à la sécurité national, H.R McMaster. Si, entretemps, ce dernier ainsi que Tillerson ont été démis de leurs fonctions, leurs successeurs respectifs - l’ancien ambassadeur à l’ONU, John Bolton, et le directeur de la CIA, Mike Pompeo - partagent également tous deux l’idée selon laquelle « les États-Unis ont des intérêts à défendre en Syrie qui vont au-delà de la défaite militaire de l’État islamique », rappelle ce vendredi le magazine américain Politico . Interrogée sur la portée des propos présidentiels, la porte-parole du département d’État Heather Nauert n’a pas été en mesure jeudi de préciser les intentions américaines. Mais elle a assuré ne pas être au courant d’un changement de politique en cours.
En toile de fond, les Kurdes et la Turquie
Cette opposition entre Donald Trump et son équipe diplomatique n’est pas nouvelle. « Il y a toujours eu une contradiction au cœur de la politique de Trump au Moyen-Orient, à savoir qu’il soutient vigoureusement la confrontation contre l’Iran et l’État islamique tout en souhaitant limiter les dépenses et les combats des États-Unis », estime l’ancien conseiller au sein de l’administration Obama, Phil Gordon, à Politico. Mais cette contradiction s’inscrit aujourd’hui dans un contexte particulier, sur fond de tensions entre les États-Unis et la Turquie, à propos des Kurdes.
L’annonce d’un retrait américain de Syrie intervient alors que la France a au contraire annoncé qu’elle pourrait accroître son soutien aux Kurdes en Syrie, y compris en déployant des forces militaires. L’Élysée souhaite que soit mis un terme à l’avancée de l’armée turque, qui intervient contre les Kurdes au nord de la Syrie dans le cadre de l’opération « Rameau d’olivier ». La Turquie reproche aux Kurdes syriens d’être affidés aux Kurdes turcs du PKK, qu’elle considère comme des terroristes. En rappelant son appartenance à l’OTAN, Ankara souhaite obtenir des États-Unis qu’ils limitent voire suspendent leur soutien aux Kurdes syriens. Depuis 2015, Washington s’appuie sur la coalition arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS) pour combattre en Syrie les djihadistes de l’État islamique.


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