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Syrie : l’EI prend le QG kurde à Kobané, l’ONU craint un "massacre"

samedi 11 octobre 2014 par Sterlin Charles

Le groupe Etat islamique a pris vendredi le QG des forces kurdes à Kobané et s’est rapproché de la frontière avec la Turquie, l’ONU mettant en garde contre un "massacre" si la ville syrienne tombait aux mains des jihadistes.

Depuis son entrée lundi dans cette ville kurde stratégique du nord syrien, l’EI en a pris 40%, se frayant un chemin vers sa périphérie nord, à près d’un kilomètre de la frontière turque.

La progression du groupe radical n’a pu être freinée par les frappes de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, insuffisantes pour sauver la ville de l’aveu même des responsables militaires américains.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), les jihadistes ont chassé vendredi de leur QG dans le nord de Kobané les combattants kurdes moins nombreux et moins bien armés.

"Ils ont pris le contrôle du ’carré de sécurité’", qui abrite le complexe militaire des Unités de protection du peuple (YPG, principale milice kurde syrienne), le siège du conseil local et la base des Assayech (forces de sécurité kurde), d’après l’ONG, qui précise que des raids de la coalition ont frappé quatre positions dans ce secteur.

Toujours dans la même zone, l’EI a perpétré un attentat suicide, tuant deux combattants kurdes, selon la même source.

Les jihadistes se rapprochent de plus en plus du poste-frontière avec la Turquie, qu’ils cherchent à prendre pour assiéger totalement la ville, mais ils progressent aussi par le sud et l’ouest de Kobané. Des combats très violents ont eu lieu en outre dans l’est de la ville.

- Des centaines de civils pris au piège -

Depuis le côté turc de la frontière, une journaliste de l’AFP a entendu des bruits d’armes automatiques et d’obus de mortier et vu d’épaisses fumées au-dessus de la ville.

A Genève, l’émissaire spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan De Mistura, a dit craindre un "massacre" semblable à celui de Srebrenica dans l’ex-Yougoslavie.

Selon lui, jusqu’à 700 civils se trouvent encore dans le centre-ville, dont une majorité de personnes âgées, et entre 10 à 13.000 autres sont rassemblées tout près de la frontière. Si la ville tombe, ces civils seront "très probablement massacrés", a-t-il averti.

En prenant la ville, les jihadistes de l’EI contrôleraient près de 400 km des 900 km de frontière entre la Turquie et la Syrie, selon lui.

Il a en outre appelé la Turquie, qui interdit aux Kurdes syriens réfugiés en Turquie de repasser la frontière, à "autoriser le flot de volontaires à entrer dans la ville pour soutenir son action d’autodéfense".

Mais le ministre turc des Affaire étrangères, Mevlut Cavusoglu, interrogé par la télévision France 24, a estimé que "renvoyer des civils vers la guerre est un crime".

Le chef du principal parti politique kurde de Syrie, qui fait état de 10.000 civils dans la ville, a lui pressé les autorités turques de laisser passer des armes.

"Nous avons désespérément besoin de l’aide de la Turquie", a déclaré Salih Muslim, président du Parti de l’union démocratique (PYD) dans un entretien téléphonique à l’AFP, "ce serait très bien qu’elle ouvre le plus vite possible sa frontière au passage d’armes".

- Combattants en pleurs -

Mais dans une interview à la télévision Al-Mayadeen basée à Beyrouth, il s’est opposé catégoriquement à une entrée de l’armée turque à Kobané, qui s’apparenterait selon lui à une "occupation".

Selon Mustafa Ebdi, un militant kurde interrogé par l’AFP qui effectue des allers-retours entre la Turquie et Kobané, les forces kurdes, de plus en plus désespérées, voient leurs munitions diminuer et réclament plus de frappes contre le groupe extrémiste.

"Certains combattants m’appellent en pleurant", confie-t-il, en expliquant les jihadistes ont désormais recours à la ruse, en mettant notamment "des drapeaux kurdes sur leurs véhicules pour leurrer les avions".

La Turquie est également l’objet de pressions de la part des Etats-Unis, qui lui demandent de s’impliquer davantage dans la lutte contre l’EI. Une équipe militaire américaine se rendra à Ankara la semaine prochaine pour en discuter.

Ankara conditionne sa participation à la lutte anti-EI à la création d’une zone tampon -visant à protéger les secteurs tenus par la rébellion modérée contre le régime syrien et les populations fuyant la guerre-. Mais cette proposition n’est pas à l’ordre du jour selon Washington et l’Otan.

Profitant de la guerre civile qui ravage la Syrie depuis plus de trois ans, l’EI s’est emparé de larges pans de territoires dans le nord et l’est du pays.

Le groupe extrémiste, fort de dizaines de milliers d’hommes, contrôle en outre de grandes zones dans l’Irak voisin, où il est aussi la cible de raids aériens des Etats-Unis et d’alliés occidentaux


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