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L’armée turque : un État dans l’État

samedi 16 juillet 2016 par Sterlin Charles

Forte de 700 000 hommes et de 40 000 officiers, elle a toujours beaucoup pesé sur la politique du pays. Et est à l’origine de nombreux coups d’État...

Par Romain Gubert

Après la chute de l’empire ottoman et la déliquescence qui en a suivi, l’armée turque est à l’origine de la Turquie moderne et la gardienne des valeurs kémalistes. Jusqu’en 2010 étaient d’ailleurs inscrits dans la Constitution les mots suivants : "Les forces armées turques sont les gardiennes de la République turque." C’est d’ailleurs avec cette justification que l’armée s’est emparée du pouvoir en 1960, puis en 1980. À l’époque, c’est le général Kenan Evren qui avait pris le pouvoir (jusqu’en 1983, année où le civil Turgut Ozal l’avait remplacé à la tête de l’État). L’armée avait aussi forcé un gouvernement pro-islamiste à la démission en 1997.

Très critiques vis-à-vis d’Erdogan

Forte de 700 000 hommes (dont 350 généraux et 40 000 officiers) et recevant un budget annuel de plus de 20 milliards d’euros (en 2015), l’armée turque continue à jouer un rôle politique considérable. Mais pas seulement : son poids dans l’économie, les entreprises qu’elle contrôle et son influence directe sur certains territoires (comme celui de Chypre nord, non reconnu par la communauté internationale) en font l’armée la plus puissante du Proche-Orient. Ses officiers sont souvent des représentants de l’élite du pays, membre de l’OTAN depuis 1951. Même si ces officiers sont modernistes et souvent pro-occidentaux, ils sont les plus réticents à accepter la reconnaissance du génocide arménien (qui met directement en cause l’armée).

Très critiques vis-à-vis d’Erdogan et de ses dérives autoritaires, de nombreux officiers ont ouvertement, ces dernières années, montré des signes de défiance vis-à-vis des autorités civiles. Mais le plus gros clivage avec Erdogan et l’AKP (le parti majoritaire) remonte aux milieu des années 2000. La justice turque avait prononcé plusieurs peines très lourdes contres des dizaines d’officiers supérieurs (de la prison à vie pour certains) contre un prétendu projet de putsch. Les « putschistes » étaient pour la plupart proches de l’opposition. Un tribunal avait ainsi condamné à la réclusion à perpétuité l’ancien chef d’état-major des armées, le général Ilker Basbug, pour "tentative de renversement de l’ordre constitutionnel par la force".


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