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Funérailles émouvantes pour les 17 morts du carnaval national au Champ de Mars

mardi 24 février 2015 par Sterlin Charles

Le gouvernement haïtien a organisé, samedi, des funérailles officielles pour les 17 victimes de l’accident survenu au Champ de Mars, lors du passage du char du groupe BariKad Crew le deuxième jour du carnaval national, le 17 février dernier. Des milliers de personnes ont pris part à ces obsèques, dont le président de la République, Michel J. Martelly, son épouse, le Premier ministre Evans Paul et plusieurs artistes

Il est 7h30 du matin. Le Champ de Mar – est en noir et blanc. Un long silence s’étire. Des milliers de personnes s’apprêtent à assister aux funérailles des victimes du deuxième jour du carnaval national survenu le 17 février 2015 à 02h48, lors du passage du char du groupe musical Barikad Crew.

Dix-sept cercueils, recouverts du drapeau national, sont alignés sur le stand présidentiel, pas trop loin de l’endroit où s’est produit le drame, pour des funérailles officielles. Des gerbes de fleurs et des photos accompagnent les bières drapées qui n’ont pas été ouvertes pour une dernière fois. « Dans le bonheur comme dans le malheur, nous sommes tous Haïtiens », pouvait-on lire dans les banderoles accrochées à la tribune et dans les maillots de certains sympathisants affligés.

En face du stand présidentiel, l’orchestre de Sainte-Trinité et la chorale du théâtre national accueillent les invités par des chants appropriés en la circonstance. Des musiciens qui ont animé le parcours durant les deux premiers jours du carnaval national arrivent et prennent place dans la tribune principale. Dans la foulée, nous avons pu remarquer Izolan et Bricks de Barikad Crew, le chanteur vedette de Kreyòl la,Ti Joe Zenny ; le chanteur et ex-député Gracia Delva et le batteur de Djakout #1, Rolls Lainé, dit Roro. Quelques membres du corps diplomatique, ainsi que le sénateur Andris Riché, et certains anciens députés ont été également remarqués au stand principal.

Entre-temps, la foule augmente et l’espace réservé pour le déroulement de ces funérailles semble devenu trop étroit. Les forces de l’ordre ont dû intervenir afin de contenir certains sympathisants qui, pancartes en main, voulaient protester contre le pouvoir en place.

A 8h55, le président Michel Martelly et son épouse, le Premier ministre Evans Paul, le ministre de la Culture et les membres du comité du carnaval national arrivent au Champ de Mars. Pendant plus d’une trentaine de minutes, les autorités haïtiennes, émues, saluent les parents des victimes de cette tragédie.

Michel Martelly, contrairement à ce qui est écrit dans le programme, ne présente pas de discours de circonstance. Sur son compte officiel de Facebook, il a seulement souligné que c’est un devoir pour lui d’être aux côtés des familles des victimes en ce moment difficile. « Le pays tout entier salue la mémoire de ces jeunes compatriotes tués dans ce malheureux accident. Que nos pensées et nos prières accompagnent les proches des victimes en ces heures d’affliction », lit-on sur la page officielle du chef de l’Etat, qui, à l’issue de la cérémonie, a essuyé des jets de bouteilles venant d’un groupe de protestataires.

A 10h15, Emmelie Prophète, maître de cérémonie, demande à la chanteuse Cynthia Lamy de démarrer cette célébration œcuménique par la chanson « Dieu Tout-Puissant. » C’est le moment pour les musiciens présents à cette cérémonie de renouveler, en premier, leurs sympathies à l’endroit des familles éplorées par ce drame qui restera pendant longtemps dans les annales du carnaval national avec 17 morts et 78 autres victimes. Le musicien de Kreyòl la, Ti Djo Zenny, s’est exprimé au nom des autres musiciens. « Au nom de tous les artistes, nous disons courage aux familles des victimes. Ces jeunes étaient nos supporteurs et nous ont accompagné durant tout le parcours du carnaval », a-t-il souligné, invitant par ailleurs les autres secteurs du pays à suivre l’exemple de solidarité et de fraternité dont les musiciens ont fait montre dans ces moments difficiles.

Comme il est de coutume ces derniers jours, c’est le Premier ministre Evans Paul qui parle au nom du gouvernement haïtien. Le Premier ministre explique les raisons pour lesquelles son gouvernement a organisé des funérailles officielles pour ces jeunes. « Parce qu’ils sont des Haïtiens et parce qu’ils sont tombés dans une circonstance que nous n’attendions pas, nous pensions qu’il était important d’organiser des funérailles officielles pour eux et être à côté de leurs proches », a expliqué Evans Paul, qui a en outre souligné qu’il a connu des moments difficiles aussi dans sa famille lorsqu’il a perdu sa petite sœur dans un match de football au cours d’un drame à peu près similaire au stade Sylvio Cator en 1976. « Il n’ y avait pas de funérailles nationales et ma famille n’avait reçu la visite d’aucune autorité du pays. »

Un discours polémique par moments

Alors qu’une plateforme a sommé le gouvernement de ne pas organiser les funérailles officielles avant l’autopsie des cadavres, le Premier ministre Evans Paul avait rejeté d’un revers de main cette demande qui, selon lui, accuse un « déficit juridique » et par voie de conséquence, est incorrecte. « Une sommation n’implique pas la personne d’un Premier ministre, du ministre de l’Intérieur, du ministre de la Culture ou encore moins le président du carnaval national », a-t-il expliqué, avant de préciser que l’autopsie de tous les cadavres a été déjà réalisée après concertation avec les familles des victimes. « La décision d’organiser les funérailles officielles n’était pas seulement une décision de l’Etat ; c’est une décision émanant d’un consensus entre l’Etat haïtien et les parents des victimes. »

Place aux activités œcuméniques

Après l’intervention du chef du gouvernement, la cérémonie oecuménique conduite par des représentants de divers cultes religieux débuta au Champ de Mars.

Dans son message de circonstance, le représentant de l’Église catholique, Mgr Pierre André Dumas, invite les Haïtiens à vivre l’Espérance que « la vie n’est pas terminée après la mort » et qu’il est important pour les Haïtiens de se mettre debout, pendant qu’il est encore temps, comme un seul homme, pour s’unir malgré leurs divergences et leurs différences.

Pour sa part, le représentant de l’Église protestante, le pasteur Fresnel Joseph, a souligné que la vie sur terre est fragile et courte et qu’il est important de bien compter nos jours et appliquer nos cœurs à la sagesse. « Dans ces moments de douleurs, vous n’êtes pas seuls et l’attention de notre Seigneur Jésus-Christ se fixe sur vous, a-t-il dit aux familles des victimes. Notre présence ici ce matin prouve combien nos compatriotes qui nous ont devancé ont de la valeur à nos yeux et que nous ne sommes pas encore prêts à oublier cette tragédie déroutante. »

La voix de Cynthia Lamy retentit pour une dernière fois au moment où Monseigneur Pierre André Dumas allait bénir les cercueils avant que les parents viennent récupérer chacun le corps de leur progéniture : « Wongol o wale, kilè w ap vini wèm ankò w ale. Kilè w ap vini wè m ankò peyi a chanje. Kilè wap vini wè m ankò….waleeee. » Après le départ des autorités haïtiennes, 17 corbillards arrivent aux pieds de l’estrade et repartent avec les corps qui vont être inhumés un peu partout dans le pays. « Bon courage, ami ! Bon courage, amis ! Nous irons joyeux cueillir les épis », c’est par ces mots que les corps des victimes disparaissent de l’estrade réservée aux funérailles de ces 17 jeunes filles et garçons, décédés le 17 février 2015. Que leur âme repose en paix !

AUTEUR

Jocelyn Belfort

jbelfort@lenouvelliste.com


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