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Kersaudy : angélisme et terrorisme

samedi 31 janvier 2015 par Sterlin Charles

Quelques réflexions sur les propos entendus ces derniers jours :

"Il aurait mieux valu prendre ces hommes vivants !"

Outre que la critique est facile et l’art est difficile - surtout l’art de capturer des fanatiques surarmés -, il me semble au contraire qu’il valait bien mieux les capturer morts. D’une part, c’est au martyre qu’ils aspiraient, et au vu de la mentalité actuelle, il aurait été politiquement incorrect, raciste et fasciste de ne pas leur donner satisfaction. D’autre part, chacun sait ce qu’aurait donné une mise en jugement : des années de procédure, des juges débordés, des dizaines d’avocats faisant assaut d’éloquence tarifée, beaucoup de propagande médiatique pour la cause islamiste, quelques années de prison avec télévision, musculation et prosélytisme, suivies d’une libération et d’une réinsertion (dans le terrorisme). Quoi qu’en pensent les angélistes, c’est un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre.

"Le Front national a été marginalisé"

Oui et non. Dans un premier temps, le réflexe des socialistes était prévisible : "Étant les arbitres autodésignés de la morale et de la bien-pensance, nous décrétons que les communistes, trotskistes, et toutes les sectes d’extrême gauche, avec leurs 100 millions de victimes, sont les bienvenues à la manifestation, car ils sont électoralement utiles. Nous décrétons par contre que le Front national, avec zéro mort au compteur, quelques débordements verbaux et le programme économique que l’on sait, doit être exclu de la manifestation, parce que notre idéologie et nos finasseries électoralistes l’exigent." Mais dans un deuxième temps, les communicants de l’Élysée se sont réveillés en sursaut : ce sectarisme trop affiché à l’endroit de tant d’électeurs ne passerait jamais dans l’opinion. Le président normal, alerté, s’empresse donc de rétropédaler, déclare que tout le monde est invité à participer, et reçoit Marine Le Pen à l’Élysée. Ouf ! On a évité la bourde, et pour une fois, les communicants ont bien gagné leurs gros salaires... Là-dessus, c’est Marine Le Pen qui s’enferre en se marginalisant toute seule. Au lieu d’acquérir une image de responsabilité et de femme d’État en se montrant à la manifestation parisienne, elle préfère poser en victime et organise sa petite manif en terre FN. Commentaire superflu.

"Pour la plupart des Français, le président a bien géré la crise"

Si l’on entend par là qu’il a avalisé les propositions de son ministre de l’Intérieur, de ses conseillers en communication, des officiers de police présents sur le terrain, des énarques qui ont préparé ses discours et des diplomates qui ont organisé le rassemblement des chefs d’État étrangers, la réponse est oui. Du reste, Jean d’Ormesson a déclaré au Club de la presse qu’il aurait pu faire la même chose que le président - et Arlette Chabot aussi. On peut penser que les présidents Lebrun, Auriol et Coty auraient également assuré honorablement leur mission de représentation dans de telles circonstances. Si l’on veut plutôt dire que François Hollande s’est précipité héroïquement pour aider les policiers à délivrer des otages - un peu comme Sarkozy à la maternelle de Neuilly en 1993 -, alors il faudrait d’urgence changer de lunettes (ou de récepteur de télévision). En fait, on pourrait plutôt penser que les Français ont été soulagés que leur président n’ait commis aucune gaffe irréparable - par exemple se pavaner devant les caméras en proposant aux terroristes des emplois aidés, un sauf-conduit pour la Suisse ou l’intervention de Leonarda en tant que médiatrice. Il est possible qu’après deux ans d’éliminations successives, l’entourage du président normal soit devenu plus compétent et plus vigilant. En tout cas, le Premier ministre, lui, a été convaincant, en prononçant avec force un discours qu’il semblait même avoir écrit personnellement. Si les paroles suffisaient, il pourrait passer pour le héros de toute l’affaire. Hélas ! Le fanatisme islamiste, tout comme le marasme économique, ne se maîtrise pas avec de belles paroles...

"L’attentat le plus terrible depuis le 11 Septembre"

Outre que le 11 Septembre a fait 3 000 morts, il ne faudrait tout de même pas oublier Madrid, Londres, Toulouse et les récents massacres au Nigeria qui ont emporté 2 000 innocents à la fois. À quoi est due cette soudaine perte de perspective chez nos compatriotes ? Quelques réponses vraisemblables : notre parisianocentrisme légendaire, qui fait qu’un mort sur la place de l’Étoile fait bien davantage de bruit que 1 000 morts sur la place Tian’anmen ; le meurtre de journalistes, qui est toujours mieux répercuté par la presse que celui de touristes, d’agriculteurs ou de garçons coiffeurs (1) ; la peur, tout simplement : pendant trois jours, il y a eu plusieurs terroristes en liberté, et chaque Français rivé devant son poste de télévision a dû trembler à l’idée de voir des fanatiques débouler dans son salon. Après coup, un intense soulagement a provoqué le rassemblement autour de l’indignation, de l’émotion et de l’autocongratulation, comme c’est presque toujours le cas après de tels dénouements.

"Ces attentats sont une réponse à l’islamophobie ambiante"

Pas vraiment : ces attentats sont l’importation en France d’un dérivé pathologique de l’islam, qui a pu prospérer depuis quarante ans sur le terreau fertile des zones de non-droit, du laxisme judiciaire, de la démission parentale, de l’immigration incontrôlée, de l’intégration manquée, du communautarisme subventionné, de l’antiracisme agressif, du banditisme organisé, de l’antisémitisme primaire, du système carcéral débordé, de la bien-pensance médiatique, de l’angélisme européen, de la liberté molle, de l’anarchisme "anti-flics", de l’infinie fragmentation de la religion musulmane, de la haine diffusée par Internet, de la violence nihiliste de jeune sans repères, de l’éducation nationale paralysée par la peur et du gouvernement aveuglé par l’idéologie compassionnelle. Par contre, si ces attentats devaient provoquer de très forts débordements islamophobes, les extrémistes de tous bords auraient pleinement réussi. S’il est vrai que le fanatisme islamiste a tué bien plus de musulmans que de juifs et de chrétiens, il est également vrai que le fanatisme juif a assassiné autant de musulmans que de chrétiens et de juifs - depuis le comte Folke Bernadotte jusqu’au Premier ministre Yitzhak Rabin. Peut-être notre pays devrait-il plutôt promouvoir l’"extrémistophobie" ?

"Ces tueries n’ont rien à voir avec l’islam, qui est une religion de paix"

Ce terrorisme serait donc "hors sol", sans aucun rapport avec l’islam ? L’un des grands mérites du discours de Manuel Valls est d’avoir désigné ouvertement "le djihadisme et l’islamisme radical", rompant ainsi nettement avec ce falsoculisme de gauche qui craint toujours d’appeler les choses par leur nom. Que l’islam soit une religion de paix dépend entièrement de la façon dont on choisit les versets du Coran, les pacifiques ou les guerriers, ceux de La Mecque ou ceux de Médine, "pas de contrainte en matière de religion" ou "tuez les transgresseurs où que vous les rencontriez"... Les extrémistes, ceux qui s’attachent aux plus violentes des 114 sourates du Coran, pousseront à l’extrême violence contre les juifs, les chrétiens, les mécréants, les hypocrites - et même contre tous les courants de l’islam qui ne coïncident pas exactement avec leurs interprétations et leurs ambitions. Car en définitive, c’est bien de cela qu’il s’agit : imposer sa loi en prenant sa version de la religion pour prétexte. Les mollahs chiites l’ont fait en Iran, al-Qaida et Daesh sunnites s’y emploient en Afghanistan, au Yémen, en Irak et en Syrie. Mais parmi les 1,6 milliard de musulmans dans le monde, l’interprétation extrémiste du Coran est minoritaire, même chez ceux qui l’ont lu (2) ; ils ne prennent pas davantage le Coran au pied de la lettre que la très grande majorité des chrétiens ne suit aveuglement l’Ancien Testament. L’exemple des boucheries exécutées au nom de l’islam et l’influence de l’Occident les poussent plutôt vers une version "apaisée" de leur religion, celle de la Grande Mosquée de Paris, de la Ligue arabe ou de l’université Al-Azhar du Caire. Malheureusement, ils ne sont pas entendus par une frange de la jeunesse musulmane désoeuvrée, envieuse, "victimisée", revancharde et aisément fanatisable. Pour elle, comme pour certaines populations depuis le Pakistan jusqu’au Yémen, le plus mince incident peut servir de prétexte à des assassinats, des lynchages ou des manifestations de masse débouchant sur des empilements de cadavres. En recherchant la provocation, dans quelle mesure devons-nous tenir compte du fait que le développement de la mondialisation n’a pas abouti à une uniformisation de la civilisation ? Se faire plaisir avec une caricature en France vaut-il le massacre de quelques centaines de chrétiens entre le Pakistan et le Niger ? En dehors de toute polémique, la question mérite au moins d’être posée...

"Ces attentats par de jeunes Français ont démontré l’échec de l’école"

Il est vrai que celle-ci a été laminée par quatre décennies d’expérimentations farfelues, d’idéologie gauchisante, d’impuissance ministérielle, de solitude des enseignants, de lâchetés hiérarchiques, de baisse vertigineuse des exigences, de massification multinationale, d’intimidations communautaristes, d’immixtions parentales, de disparition de la discipline et de quasi-relégation du français au rôle de langue étrangère. Pourtant, il est impossible de faire porter au système scolaire la responsabilité de la dérive extrémiste de ses élèves : il a été débordé par l’afflux de l’immigration, il s’est féminisé face à des élèves qui respectaient peu les femmes, il n’était pas conçu pour instruire des enfants qui n’étaient pas éduqués, et il n’avait pas les moyens matériels de lutter contre l’influence de la voyoucratie, des réseaux sociaux et de la haine islamiste déversée par Internet et la télévision satellitaire ; du reste, à quoi bon accuser l’école, lorsque la plupart des apprentis terroristes se sont déscolarisés prématurément ? Et lorsqu’au contraire, ils n’avaient que trop bien réussi leur parcours scolaire, que reprocher à l’école ?

"C’est la prison qui est l’école du terrorisme"

Il y a du vrai là-dedans, mais tout dépend des conclusions que l’on en tire. Beaucoup se souviennent de cette sentence définitive de Michel Foucault en 1975 : "La prison est dangereuse, quand elle n’est pas inutile." C’est toujours la devise d’une gauche bien-pensante, qui rêve de faire disparaître le crime en supprimant les prisons. Elle va devoir faire rapidement machine arrière sous l’effet des derniers événements, mais ce sera insuffisant, car depuis des décennies, l’ensemble de notre système carcéral est fatalement gangrené : surveillants menacés, harcelés et agressés par des multirécidivistes qui n’ont rien à perdre ; portables, argent, armes blanches et drogue circulant librement ; réglementations absurdes comme l’interdiction des fouilles à la sortie des parloirs ; cellules ouvertes permettant les regroupements par affinités ; règne des caïds mafieux ou islamistes, avec exigences communautaristes, appels collectifs à la prière, mélange des primodélinquants et des criminels endurcis, etc. Il y a un an exactement, j’écrivais dans cette même rubrique : "Comment pacifier la République centrafricaine, alors que nous sommes hors d’état de pacifier nos prisons ?"

Quinze ans plus tôt, j’avais proposé le regroupement de tous les terroristes - basques, corses et islamistes - dans une seule prison de haute sécurité. Hélas ! C’était déjà sous le règne du Parti socialiste, dont le premier secrétaire, un certain François Hollande, faisait l’éloge du terroriste d’extrême gauche et quadruple assassin Cesare Battisti... Dans le logiciel socialiste passablement déjanté, tout inconfort supplémentaire subi par les terroristes "progressistes" victimes de la société n’aurait fait que rappeler "une période sombre de notre histoire".

Pourtant, l’angélisme idéologique s’étant fracassé depuis peu contre le mur compact des réalités, un regroupement collectif est maintenant "à l’essai". C’est un progrès qui pourrait pacifier bien des prisons, mais, en fait, le concept est déjà dépassé : il faudrait à présent rassembler les terroristes dans une prison entièrement nouvelle, avec des cellules individuelles interdisant toute communication entre détenus et toute possibilité de communication avec l’extérieur, contrôles renforcés, surveillance vidéo permanente et déprogrammation individuelle - quelque chose de comparable à la prison allemande de Stammheim, qui avait abrité définitivement les sanglants chefs terroristes de la Fraction armée rouge dans les années 70.

Bien entendu, les socialistes, génétiquement programmés pour hurler au fascisme à tout propos, seront incapables de faire une telle chose - à moins qu’une recrudescence du terrorisme leur fasse craindre pour leur propre vie ou pour leur réélection. La tâche reviendra donc à leurs successeurs, dont on espère qu’ils se montreront cette fois plus courageux face aux islamistes, droits-de-l’hommistes, syndicalistes, écologistes, gauchistes, racistes, communautaristes... et socialistes redevenus angélistes pour les besoins de l’opposition systématique.

(1) Combien de millions rassemblés pour protester contre les longues tortures barbares infligées à Ilan Halimi - qui aurait sans doute envié la mort immédiate des journalistes de Charlie Hebdo ? De quel degré de confort jouit en prison son assassin, et en quelle année sera-t-il libéré après avoir suivi un stage de citoyenneté ?

(2) Dans des traductions acceptables : il faut se souvenir que près de neuf musulmans sur dix ne comprennent pas l’arabe.


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