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L’itinéraire d’un djihadiste américain tué en Syrie

mercredi 27 août 2014 par Sterlin Charles

Douglas McAuthur McCain est soupçonné d’avoir combattu avec l’État islamique.

C’est un nom qui claque. Douglas McAuthur McCain, 33 ans, premier Américain tué en Syrie dans les rangs de l’État islamique, porte à une lettre près le même nom que le célèbre chef d’état-major de l’armée américaine, héros de la campagne du Pacifique. Mais c’est dans la poussière de la ville de Marea, dans la banlieue d’Alep, qu’il est tombé dimanche, tué près d’un check-point par des combattants de l’Armée syrienne libre. Dans ses poches, 800 dollars et un passeport américain. Sur son cou, un tatouage qui a levé tous les doutes sur son identité.

Dans une autre vie, ce féroce combattant de l’EI se passionnait pour le rap et le basket-ball. Né à Chicago, élevé dans la petite ville de New Hope, une banlieue verdoyante de Minneapolis, le jeune Douglas fait rire ses copains de classe qui se rappellent d’un « clown » et se rend avec sa mère le dimanche à l’église baptiste. Lorsque le département d’État l’a appelée lundi, celle-ci s’est effondrée : « Je ne peux pas le croire, ce n’était pas un radical », raconte sa cousine Kanyata McCain au Minneapolis Star Tribune. « J’ai reçu un message de lui encore vendredi ! Il nous disait à tous qu’il était en Turquie. »

Aucun proche, pourtant, ne décèle de signes de radicalisation

Depuis 24 heures, les médias américains dissèquent le parcours sans relief de leur jeune compatriote, cherchant à quel moment il a pu déraper. Son père meurt. Douglas quitte l’école sans diplôme, traîne ici et là, est arrêté neuf fois pour des délits mineurs : conduite sans permis, possession de marijuana… En 2004, il se convertit à l’islam et se lie d’amitié avec Troy Kastigar, un ancien copain de classe qui trouvera la mort en 2009, en Somalie, alors qu’il combattait avec le groupe terroriste al-Chebab. Aucun proche, pourtant, ne décèle de signes de radicalisation. Depuis quelques années, Douglas s’était installé, avec sa mère et l’une de ses sœurs, à San Diego, en Californie, où il travaillait comme assistant médical. Il aurait même une fille, affirme l’un de ses cousins, un bébé âgé d’à peine un an. « Les gens se trompent, se rassure Kanyata. Comment peut-on savoir qu’il faisait vraiment partie de l’EI ? Il était peut-être simplement là pour protester… »

Les messages postés sur les réseaux sociaux par celui qui se faisait appeler, depuis sa conversion, « Duale ThaSlaveofallah » (l’esclave d’Allah), ne laissent pourtant guère de doutes. « Ils m’amusent, ceux qui se proclament musulmans et prétendent aimer Allah, mais maudissent ceux qui essaient de mettre en œuvre ses lois », écrit-il sur Twitter. Son dernier retweet, au mois de juin, est encore plus limpide : « Seul un guerrier peut comprendre un guerrier. Priez pour l’EI. » Ces derniers mois, il aurait voyagé en Suède et au Canada, sans doute pour brouiller ses traces, avant de rejoindre la Syrie en franchissant la frontière turque.

Était-il seul ? La question hante non seulement l’opinion, mais les autorités américaines.

Était-il seul ? La question hante non seulement l’opinion, mais les autorités américaines. Le Conseil de sécurité nationale (le NSC) s’est contenté d’un bref communiqué : « Nous étions au courant de la présence en Syrie du ressortissant américain Douglas McAuthur McCain et nous pouvons confirmer sa mort. » Selon le département d’État, environ 12.000 djihadistes étrangers se seraient rendus en Syrie depuis le début du conflit, parmi lesquels 70 à 100 Américains. Mais aucun réseau de recrutement n’a été identifié et il est très difficile « de savoir quel groupe ils rejoignent », prévenait hier sur CNN l’ancien vice-président de la commission sur les attaques du 11 Septembre, le démocrate Lee Hamilton. « Il y a des centaines, peut-être des milliers de groupes rebelles ou terroristes dans la région. » Pour l’Administration, leur retour éventuel pose une réelle menace, que plusieurs spécialistes tempèrent. « Ils ne reçoivent sur place qu’un entraînement basique, qui ne les prépare pas à conduire des attaques à l’extérieur, estime Faysal Itani, spécialiste du contre-terrorisme à l’Atlantic Council. La plupart ont rejoint la Syrie par inspiration pour ce qui s’y passe… Ils veulent rester dans le conflit. »

« Campagnes sur le Web »

Mais la détermination des combattants, leur extrême radicalisation inquiète autant Américains que Français, Allemands ou Britanniques : « Certains groupes ont mené de formidables campagnes sur le Web, l’an dernier, pour recruter des Occidentaux. Certains sont partis des idéaux en tête, dans le but de résister aux atrocités perpétrées par le gouvernement d’Assad », comme deux autres Américains tués, en 2013 et en mai dernier, en territoire syrien. L’un avait rejoint des rebelles, l’autre le front al-Nosra, lié à al-Qaida. « Avec l’EI, souligne le spécialiste, les profils ne sont pas les mêmes. Ils veulent contribuer à créer le Califat. L’État islamique a à peine besoin de publicité : ses succès suffisent à rallier des troupes. »

Douglas McCain, identifié avant l’annonce de sa mort, aurait à son retour été placé sous surveillance étroite, « mais les Occidentaux ont besoin de réfléchir ensemble aux outils qu’il faut mettre en place pour protéger nos territoires », estime le sénateur républicain Dan Coats, ancien ambassadeur en Allemagne. Ce sera le thème principal d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU que présidera, fin septembre, Barack Obama.


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