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Laurent Fabius : « L’État islamique représente une menace mortelle »

dimanche 24 août 2014 par Sterlin Charles

- Le ministre des Affaires étrangères inaugure lundi la XXIIe Conférence des ambassadeurs. Pour Le Figaro, il réagit aux derniers développements de cet « été de toutes les crises ».

L’odieux assassinat du journaliste américain James Foley par les djihadistes a rappelé qu’on ne pouvait pas régler la question irakienne sans traiter parallèlement le problème syrien. Ne faut-il pas une solution globale au problème ?

Effectivement, il est difficile d’agir efficacement en Irak si on ne s’interroge pas sur la situation en Syrie. En même temps, nous respectons, nous, le droit international et ne voulons pas tomber dans le piège que nous tendent les djihadistes. Les débats rétrospectifs n’ont qu’un intérêt limité, mais puisque certains en France semblent nous reprocher de ne pas avoir agi plus tôt en Syrie, je rappelle qu’au moment de la première conférence de Genève (en 1954, NDLR) il n’y avait ni Hezbollah ni terroristes en Syrie et que nous avons dès l’abord soutenu activement l’opposition modérée, mais que ce ne fut pas le cas de tout le monde, comme le rappelle Hillary Clinton dans ses Mémoires…

Six mois plus tard, les terroristes étaient implantés en Syrie ! Remarque voisine avec l’affaire des armes chimiques en août 2013 : nous étions prêts à agir, l’intervention n’a pas eu lieu. Nous n’allons pas refaire l’histoire, mais notre conviction est qu’on ne peut pas proposer aux populations le choix seulement entre l’autocratie, voire la dictature, et le terrorisme : notre position, qui a consisté à soutenir, contre les terroristes et contre Bachar, les opposants modérés, ceux qui ont une vision inclusive, était juste. Aujourd’hui, ils sont pourchassés des deux côtés. N’oublions pas non plus que Bachar el-Assad a largement contribué à l’expansion des terroristes, notamment en les libérant de ses prisons.

Le terme d’« Occident » est revenu sur le devant de la scène médiatique et politique depuis que les djihadistes ont fait de la lutte contre l’Ouest une de leurs priorités et depuis, aussi, que Vladimir Poutine s’est éloigné de l’Europe et des États-Unis. Trouvez-vous que le terme recouvre une réalité pertinente dans le monde d’aujourd’hui ?

La réalité est plus complexe qu’un vocable unique. Par exemple, l’État islamique représente une menace mortelle pour tout ce qui n’est pas lui-même, pas seulement l’« Occident », mais aussi le monde musulman. Je note aussi que pour l’Asie, l’Afrique ou l’Amérique du Sud, si importantes pour notre avenir, ce concept d’Occident est un pavillon qui recouvre beaucoup de marchandises différentes. Difficile de penser ce monde fragmenté avec des catégories simples.

En tout cas, c’est le rôle de la France, nation qui porte des principes universels, d’établir des passerelles et d’être un pont entre les peuples. C’est notamment pourquoi dans ce monde zéro-polaire, la France pèse plus qu’elle-même et qu’elle est autant sollicitée…

Votre politique au Moyen-Orient a récemment été critiquée par trois anciens premiers ministres dans une tribune publiée par Le Monde . Que leur répondez-vous ?

S’il ne s’agissait pas de sujets aussi sérieux et même dramatiques, on pourrait sourire. En effet, il y a seulement quelques jours, ces hautes personnalités, que j’estime, évoquaient à propos de notre politique au Moyen-Orient « le déshonneur », excusez du peu. Puis, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, mercredi dernier, deux d’entre elles nous tissent un lit de fleurs, affirmant que l’action de la France en Irak est exemplaire, ce dont je les remercie. Ma conclusion : politique intérieure, quand tu nous tiens !

Dans nos actions de politique extérieure, je plaide, au contraire, et j’essaie d’agir dans l’unité la plus large car la France est plus forte lorsque ses responsables la soutiennent dans leur diversité. Vous conviendrez qu’il serait paradoxal que la communauté internationale


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